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Des villageois spoliés cherchent justice

jeudi 13 octobre 2005, par rigas

Article dans Libé de Abel SEGRETIN, 10 octobre 2005. Un exemple parmi d’autres. Mais dans ce cas, ce qui est impressionnant est que lde développement se fait dans une zone prospère, et non pas dans un village reculé du Nord de la Chine.

Article ici.

Extraits :

Pendant trois mois, les habitants de Taishi, un village du sud de la Chine, ont tenu tête à leur chef. Aujourd’hui, ils vivent dans la peur et la répression. La recette du conflit est classique : des cadres locaux corrompus qui vendent la terre des paysans sans les dédommager, ce qui entraîne des manifestations et des pétitions, suivies d’une répression brutale. Mais ce cas est exceptionnel par sa durée : trois mois au total, durant lesquels les villageois ont tenu tête aux autorités.

Avant d’être arrêté, nous avons pu rencontrer un des villageois mécontents. Cet homme robuste, le visage encore tuméfié des dernières manifestations, avait l’air terrifié par notre présence. Sa femme est détenue par la police. Les hommes de main du chef du village l’ont menacé. « Ils m’ont dit que si je continue à m’opposer, je perdrai tout ce que je possède encore et ma fille ne pourra plus aller à l’école. J’ai dû retirer mon nom de la liste. A qui pouvons-nous nous plaindre ? Il n’y a plus d’espoir. »

Taishi était autrefois un village prospère de la région de Canton ­ la plus riche du pays ­, avec de bonnes terres produisant des bananes et de la canne à sucre, et quelques industries légères. Au milieu des années 90, Taishi est déclaré « zone de développement ». Ce qui autorise le chef élu du village, Chen Jinsheng, à louer presque toutes les terres des paysans à de gros exploitants agricoles et à des entreprises sidérurgiques. Alors que Chen et ses proches s’enrichissent à vue d’oeil, chaque villageois privé de terre doit désormais survivre avec 700 yuans (70 euros) par an, contre près de 3 000 auparavant.

Fin juillet, les habitants font la demande aux autorités locales d’enquêter sur les comptes du village et d’organiser de nouvelles élections, comme le permet la loi. Environ 600 personnes sont signataires, soit pratiquement tous les foyers de ce village de 1 500 habitants. Le 16 août, l’un des meneurs est enlevé par des agents en civil, ce qui déclenche une manifestation. La police disperse la foule réunie devant le gouvernement du district, en blessant des dizaines de gens. Les villageois, furieux, contactent des journalistes et des avocats chinois, à leur tour menacés. Le 31 août, nouvelle manifestation accompagnée de grèves de la faim et nouvelle répression policière. Les habitants prennent le contrôle de leur village. Le 12 septembre, une troupe d’un millier de policiers charge Taishi avec des canons à eau. De nombreuses personnes sont blessées, dont une femme de 90 ans qui a trois côtes cassées. Les policiers ont repris d’assaut la mairie, où les villageois protégeaient les livres de comptes, preuve de la corruption. Guo Feixiong, un avocat soutenant les paysans, « disparaît ». Des élections fantoches sont organisées. Subitement, les deux tiers des pétitionnaires retirent leur nom de la liste, suite à des chantages et des passages à tabac. Les livres de comptes, « examinés en haut lieu », sont déclarés propres. Fin septembre, deux avocats et une universitaire venus soutenir les paysans sont frappés par la milice locale. Taishi est ceinturé par des hommes de main qui bloquent les routes.

Ai Xiaoming, une universitaire activiste de Canton, est allée plusieurs fois à Taishi pour parler aux villageois. La dernière fois, son taxi a été démoli à coups de chaînes. « C’est le règne de la terreur mafieuse, les lois n’existent plus. Tout ce qui compte pour ces dirigeants locaux, c’est d’isoler le village du reste du monde. Mais ils ont perdu la confiance du peuple, c’est très grave. » Cette femme courageuse a publié une lettre ouverte adressée à Hu Jintao et au gouvernement. Avec l’espoir que les dirigeants suprêmes soient plus impartiaux que les fonctionnaires locaux. Elle n’a reçu aucune réponse et son site web a été fermé.

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