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Usine d’imprimantes à Shenzhen

lundi 8 août 2005, par rigas

Un article intéressant dans 01net.com sur les conditions de travail dans une usine japonaise d’imprimantes. (article du 01/08/2005)

Comme les liens deviennent précaires ou payants je copie l’article ici (3/12/05). Pour voir les réactions et réponses voir le lien à l’article ci-dessus.

Les petites mains chinoises de Brother

A Shenzen, les imprimantes du Japonais Brother sont assemblées uniquement par de jeunes Chinoises. Elles travaillent, mangent et dorment sur place pendant trois à quatre ans.

Vincent Berdot et Xavier Biseul , 01 Informatique, le 01/08/2005 à 18h00

« Ma vie, c’est l’usine. » Li est chinoise. Elle a entre 16 et 20 ans. Elle a quitté sa campagne pour rejoindre la zone économique de Shenzhen, où zones industrielles et immeubles poussent comme des champignons. Elle travaille aujourd’hui dans l’usine du groupe japonais Brother, implantée dans le district de Longgang.

En 2004, 1 million d’imprimantes à jet d’encre sont sorties de ce tout nouveau bâtiment d’à peine un an d’âge. Il faut dire que Li et ses 5 000 collègues se donnent à fond durant les quelques années qu’elles passent à l’usine.

Li vit là où elle travaille. Comme toutes ses collègues, elle mange trois fois par jour à la cantine et dort 355 jours par an dans les dortoirs. Ceux-ci sont regroupés dans trois barres d’immeubles situées à quelques encablures des deux sites de production. Combien sont-elles à partager ces chambres communes, dont l’entrée est interdite aux visiteurs ? Entre huit et dix, de source officielle.

Une vie de reclus dans l’usine

En semaine, il est délicat pour Li de franchir la porte de l’usine, surveillée par un garde en uniforme. Mais qu’irait-elle chercher dehors ? Brother a recréé pour elle une vie « sociale » au sein de ses murs : bornes Internet, kiosque à journaux, distributeur bancaire, centre de soins, cours de japonais, salle de karaoké... Avec 1000 de ses collègues, Li a même participé à une excursion organisée par Brother dans un parc d’attractions.

Bref, Li passe la majorité de son temps dans son entreprise. En sortir lui coûterait trop cher. Ne serait-ce qu’en transport pour quitter la zone industrielle. Avec l’équivalent de 50 euros par mois - le Smic chinois -, sa marge de manoeuvre est restreinte. De toute façon, elle ne doit pas aller à l’encontre de la raison même de son sacrifice : économiser assez d’argent pour assurer son avenir marital.

Pour ses patrons, le côté temporaire du séjour de Li dans l’usine est une aubaine. Le turnover leur permet d’ajuster en permanence la masse salariale à la production. « La plupart des employés restent trois à quatre ans ici. Ils retournent ensuite à la campagne, dans leur famille. Il nous est donc facile de réguler les effectifs. Et, en cas de besoin, de le réduire sur une courte période », précise monsieur Shimada, le directeur de l’usine.

La main d’oeuvre moins chère que les machines

Entre novembre 2004 et mai 2006, l’usine s’est séparée d’un millier d’ouvrières. La production mensuelle, de 350 000 imprimantes, a chuté d’un tiers. Li ne coûte pas cher, elle se fond parfaitement à la culture de son entreprise. Elle fait mieux encore : elle travaille beaucoup.

Li prend deux semaines de vacances par an - la durée légale - en mai et en novembre. Son quotidien, lui, est rythmé par des cycles de 12 heures. « Dans la tranche de travail, les employées ont deux heures de pause. Et une seulement lorsque l’activité le justifie », souligne un contremaître.

Pas étonnant, dans ces conditions, que les cadres de l’usine aient davantage misé sur les ressources humaines que sur les machines. Rares, ces dernières ne servent que les processus de qualité et de fiabilité : nettoyage par ultrasons, désoxydation de composants métalliques, analyse de l’encre à l’aide de microscopes électroniques...

Mais point de robotisation. « Nos modèles changent chaque année, voire tous les deux ans en moyenne. Nous avons besoin de souplesse », justifie le même contremaître. Résultat : la chaîne de fabrication est assurée par des rangées interminables de blouses et de bonnets bleus.

Les lignes d’assemblage se répartissent sur deux étages (environ 22 000 m 2 ). Selon le contremaître, la fabrication d’une imprimante multifonction nécessite 160 opérations d’assemblage. Plusieurs dizaines d’employées sont affectées à chacune d’elles. Li est debout toute la journée. Son lieu de travail, lumineux, spacieux, est d’une propreté impeccable. Un relatif confort pour elle.

Un encadrement masculin et japonais

Mais c’est aussi un moyen d’inspecter rigoureusement son travail. Cette vérification est effectuée par les responsables qualité, coiffés de casquette jaune, et par les contremaîtres, des hommes d’une quarantaine d’années, japonais pour la plupart.

Ils sont une trentaine dans l’usine. Le contrôle de la productivité est rythmé par des sonneries : toutes les 30 secondes - délai au terme duquel une opération d’assemblage doit être achevée -, retentit dans les enceintes une séquence de piano aux envolées lyriques de 10 secondes. Li sait alors si elle est ou non dans les temps.

Les conversations n’ont pas cours dans l’usine. Quand les étrangers cherchent à la questionner, Li ne lève même pas la tête. Elle ne parle d’ailleurs à aucune de ses collègues. Une politique maison ? « Non, elles n’ont aucune instruction de ce genre, rétorque un contremaître. Elles veulent juste travailler. De plus, elles ne parlent pas anglais. » Elles sont supposées avoir l’équivalent du bac.

Des conditions identiques dans la région

Les conditions de travail de Li ne constituent pas un cas isolé. Elles sont généralisables à l’ensemble des sites de production de la région de Pearl Delta, entourant Hong-Kong. La vie dans l’usine de Brother est même « plutôt clémente », à en juger par le rapport de l’ONG britannique Cafod.

Consacré aux ouvriers chinois de la filière électronique, le document fait état de pratiques édifiantes dans ce secteur : un seul jour de repos par semaine, des journées de 12 heures de travail effectif, une pression psychologique permanente, l’exposition à différents produits toxiques, des retenues fréquentes sur salaire...

Ces conditions rappellent celles des « sweatshops », les ateliers de confection du secteur textile. Nike et Gap ont dû reculer devant le tollé provoqué par les révélations sur les pratiques esclavagistes de leurs sous-traitants.

Partant du même principe que l’éthique passe par l’étiquette, la Cafod a mené une campagne, baptisée « Clean up your computer », auprès des consommateurs de matériel informatique. La pression a porté ses fruits. Les trois plus grands noms de l’informatique - IBM, HP, Dell - ont été les premiers à signer une charte sociale.

Lien sur le code de bonne conduite.

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