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Un chapitre du roman inachevé au Venezuela

San Andrés del Golfo

mardi 10 février 2004, par rigas

Evaristo avait toujours ce sourire scotché sur son visage qui montrait ses grandes dents blanches et un trou sur le coté qui semblait placé là exprès pour y poser un cigare ou une chique. Il avait été pêcheur, contrebandier, boutiquier, quincaillier, affûteur de couteaux, ramasseur de bananes. "Nous, ici, me disait-il, nous savons nous y prendre. Quand nous avons des besoins, nous allons sur la route et nous vendons un régime de bananes." Son visage s’illumine, regard complice. "Et vous ? Comment faites-vous ? " Nikos a eu du mal a lui expliquer comment la vie était organisée, chez lui. Il a du essayé, bafouillant quelques mots, ce qui mit en joie le grand noir. "Ah ! c’est sûrement plus facile ici qu’en ville, hein ?, de vendre des bananes".

Nikos se dit que l’explication était inutile. Ici, la raison semblait fondre en accompagnant les gouttes épaisses de sueur. Non pas qu’Evaristo ne comprenne pas, mais il riait trop ; il ne faisait que trop bien comprendre.

"Ah, oui, c’est cela, vous les gens des villes, tout est organisé ! Même votre retraite, le crédit de la maison et le ramassage des poubelles, hein ? Et bien ici nous n’avons le temps de rien organiser, car la nuit est trop courte et le jour est trop chaud !" il prit la chaise s’assit face au hamac de Nikos et le regarda droit dans les yeux.

"Y’a pas que les nanas qui consomment, y’a aussi les amis, y’a aussi les maisons. Ici, la vieille je lui ai dit que je ne voulais pas de maison en dur, vous savez pourquoi ? Hein ? Parce que c’est plus cher qu’une danseuse ! " Sur ce il se mit à rire de son rire tonitruant.

Nikos repris vaguement la parole pour expliquer que oui, que non, que la maison, effectivement, que le toit en particulier, ça coûte très cher, le toit de la maison.

"Ah ça oui, dit Evaristo, le toit de la maison c’est cher, mais si j’avais à la construire maintenant se serait en dur, Ah ça, oui,..." ajoute-t-il l’air très docte. "Surtout chez nous, à San Andrés. Parce que, vous savez Monsieur, ici, les toits sont en tôles".

Et il repartit de son rire de stentor. Et tout d’un coup Nikos sentit encore une fois la chaleur l’envahir et il ne pouvait pas faire la différence entre la honte confuse de ne pas s’exprimer clairement, l’alcool qui lui montait à la tête, la chaleur de cette soirée qui tardait à rafraîchir. Sur ce, une bouteille providentielle de rhum leur permit de retrouver le bon chemin, un chemin nécessairement tortueux, celui de l’alcoolémie.

Le lendemain matin Nikos avait un peu de mal à "chasser le raton", comme ils disent ici, pour éliminer la gueule de bois. "Une petite soupe c’est le meilleur remède pour chasser le raton", lui disait Margarita, la grosse cuisinière qui avait posté un stand de cuisine juste derrière la maison. L’odeur de banane frite, de casabe et de poisson grillé lui chatouillait déjà les narines.

Assis sur le banc de fortune fait de caisses en bois des contrebandiers, il voyait passer sur les eaux du golfe les puissants hors-bord. En réalité c’était là des traditionnelles barques de pécheurs mais les pécheurs s’étaient enrichis et les moteurs était des 120 chevaux qui permettaient de traverser le golfe en moins d’une demi-heure. La contrebande rapportait aujourd’hui plus que la pèche. Gérard, l’océanographe français qui travaillait sur l’île en face lui avait montré avec fierté la croissance des stocks de poisson. "Tu vois le stock ici a rapidement augmenté ces deux dernières années et ça montre que notre politique de protection de la ressource a été comprise." Il est vrai que Gérard mettait rarement les pieds hors de la station océanographique. Non pas qu’il soit vraiment dupe, mais il voulait plutôt croire que la limitation de la pêche était le résultat d’une politique bien comprise, par les autorités et surtout par les pêcheurs, que Gérard estimait au plus haut point. Des gens comme Gérard sont nécessaires, car sinon comment vivraient nos institutions, sans l’avis des experts, sans relais politiques, sans ONG conscientes des limites de ce monde ? Et puis de temps à autre ils tiraient sur les sonnettes d’alarme. Parce que dans le Golfe, le poisson était devenu un bel alibi.

Pendant que le "stock" de poisson croissait et se reproduisait, les stocks de marchandises allaient et venaient avec promptitude. Avec la crise économique, la situation s’était aggravée, les magasins avaient du mal à s’approvisionner, rendant la contrebande plus florissante. Et l’argent coulait à flot.

Comme le rhum d’ailleurs. Nikos commença à raconter son histoire, un soir où ce rhum ne lui avait pas entièrement embrumé l’esprit.

J’étais venu ici avec la ferme intention de retrouver les pas de ce "Bolivar" en bois, uen statuette exceptionnelle. Mais pour cela il fallait que je retrouve le village des sculpteurs de bois. Margarita, qui était la première personne que je questionnait à ce sujet, avait fait preuve d’une ignorance étonnante face à mes questions. Contre toute attente, Evaristo, que j’avais finalement élu comme mon guide (spirituel) dans cette quête insolite semblait savoir comment retrouver ces sculpteurs. Mais il ne m’avait jamais précisé ni comment ni quand. "Amigo, me dit-il, ici il faut faire les choses au moment opportun". J’avais aussi compris que ni l’argent, ni les questions étaient bienvenues. "No te preocupes, que aquí estoy yo !"

Cela faisait deux semaines déjà que Nikos se laissait envahir par la chaleur tropicale, se balançant dans son hamac, un verre de rhum à la main. Il observait les allées et venues de Evaristo sur son bateau accompagné toujours de ses deux plus jeunes fils.

"Je n’avais pas vraiment le temps de m’énerver ou de m’ennuyer. Il y avait toujours une petite réunion de famille, une fête dans le village, une soirée de tambours, un feu de joie, ou encore tout simplement des parties de dominos endiablées. Mais à aucune de ces fêtes n’ais-je vu, durant deux semaines, ni Evaristo ni ses fils. Ni même le grand noir de deux mètres de haut, tout noir comme le charbon et déguinguandé, qui rigolait toujours un peu bêtement et qui ne buvait jamais, mais qui zozotait comme un petit bébé. Ce gaillard immense et tout filiforme était une sorte de géant qui suivait Evaristo comme son ombre."

"Après cette période, un soir, Evaristo, ses deux fils et le grand noir disparurent pour ne réapparaître que le surlendemain, tout souriants. Evaristo assista à une fête des tambours, en disant qu’il allait fêter avec sa "grosse" comme il appelait affectueusement sa femme. Il s’enivra plus qu’à l’accoutumée, et Nikos comme d’habitude ne fit que le suivre dans sa beuverie, pour essayer d’apprendre le secret de ses passages nocturnes sur le Golfe. Mais ni lui, ni ses fils, ni le grand pipèrent mot. Ils en auraient été bien incapables d’ailleurs. Nikos n’avait obtenu ce soir-là qu’une seule certitude : le rhum coulerait à flot pendant quelques jours au moins. Il eu à guérir un nombre impressionnant de "ratons" cette semaine là. "

Nikos continua son récit.

"Ce ne fut qu’après quatre semaines que nous décidâmes de monter une expédition. Là encore je n’avais pas compris pourquoi Evaristo avait finalement choisi ce jour plus qu’un autre et pourquoi il avait organisé l’expédition de cette manière. J’avais l’impression d’être un naturaliste du début du siècle dernier, avec ses porteurs et ses guides, s’enfonçant dans le monde perdu de Conan Doyle ou le long du splendide Orénoque de Jules Vernes. Seules les deux jeeps permettaient de rappeler que tout cela était un anachronisme. L’erreur aurait été de penser que les jeeps était l’anachronisme, alors que c’était l’expédition elle-même qui l’était. Je ne pouvais évidemment pas m’en rendre compte car j’étais tout à fait pris dans mon histoire."

"Retrouver cette statue était devenu vital pour moi. C’était devenu ma raison d’être depuis mon départ de Paris. J’avais laissé tomber mon travail, pour prendre un congé sabbatique. C’est évidemment illégal, personne n’a droit aux années sabbatiques en Europe. Encore une invention des américains me dit-on. J’aime bien les Américains, car ils inventent des trucs sympas. Le Coca, les années sabbatiques, les marshmallows, les jeans, le rock’n’roll et quelques autres bidules de ce genre. Mon oncle d’Amérique m’avait invité à monter sa boîte de maçonnerie à Washington et j’ai refusé. Une belle connerie. Tout ça parce que l’engagement politique m’empéchait de saisir les occasions commerciales. Bref ! POur en revenir aux faits... Ah, non attendez, notez bien que les gringos dans ce pays ne sont pas haïs comme au Mexique. D’ailleurs il y a que les intello férus de cinéma mexicain pour les appeler gringos. Bon, malgres tous mes efforts pour passer pour un américain au Vénézuéla je n’y arrivait pas. La preuve, je passais mes journées vautré dan sun hamac, pas dans un hôtel cinq étoiles. Car pour trouver des américains il suffit d’aller dans le grand hotel du coin. C’est aussi pour ça que je les aime bien. Ils sont terriblement prévisibles. Quand on en veut un, il suffit d’aller au bar cinq étoiles de la ville. Tout ça pour dire qu’ici je n’étais pas un gringo, ce qui finalement m’était sympathique. Ça explique pourquoi ce pays me colle à la peau : les noirs et les blancs sont tous frappés d’achromatopsie ! "

"Les jeunes surtout ne comprenaient pas pourquoi je voulais absolument aller dans la forêt. Santa Maria de Tucupita n’est pas un endroit privilégié dans la géographie du pays et ses habitants sont réputés pour aucun art, ni aucune activité extraordinaire. C’est des pêcheurs, même pas des indiens pure souche, ils n’intéressent ni les anthropologues, ni les géologues. Ils pêchent des poissons d’eau douce ou de mer indistinctement car ils se trouvent dans un des ces bords de mer à l’embouchure de l’Orénoque. L’eau est plutôt douce, bien qu’ils soient sur la côte car le fleuve rejette des tonnes d’eau douce dans cette mer. Ils habitent sur des maisons sur pilotis. Ce fut même les premières maisons sur pilotis que je voyais. On me raconta au village que c’est en voyant ces maisons que les Espagnols nommèrent le pays Petite Venise. Amusant ! En fait, c’est en voyant les maisons des habitants de la côte Ouest, les palafitos (maisons sur pilotis) du lac Maracaibo, que les Espagnols nommèrent le pays Venezuela, pas ces maisons à l’Est. D’ailleurs ces petites maisons n’existaient peut-être même pas à l’époque ici. Les guajiros de la côte Est ont mauvaise réputation et les noirs de la côte orientale n’auraient jamais voulu laisser tomber une occasion de se glorifier du passé colonial. Cela devait être une façon de se réapproprier l’histoire longue, celle de plusieurs siècles, avant même la colonisation. Après tout les noirs qui semblaient ici être totalement indigènes étaient des immigrés, venu dans ce pays de la lointaine Afrique. Comme le manguier d’ailleurs, lui aussi importé d’Afrique au XIX siècle. "

Nikos toussa un peu, et en resta là dans ses divagations.

"Pour en revenir à mon voyage quand la jeep fut arrêtée sur le bord de la route. Nous étions encore loin de notre destination et Evaristo estimait qu’il en avait fait assez ce jour-là. Nous installâmes un petit campement au bord d’une rivière où coulait une cascade idyllique, comme dans un film, claire et fraîche. Après la chaleur et la poussière de la piste ce moment fut divin. Après nous être baigné, et après avoir mis l’appareil à cassette à tue-tête pour habiter le silence de la nuit, je m’endormis heureux en pensant que le futur allait me permettre de retrouver cette statuette."

"Je pensai qu’aux abords de la forêt amazonienne, dans cette embouchure de l’Orénoque je retrouverai ce village dont m’avait parlé l’Indienne à Caracas. Je pensais que Evaristo m’emmenerait enfin à bon port. Le village, la statuette, le bonheur. Car tout ce que j’avais comme piste était le nom de ce village. Evaristo semblait m’approuver. De toutes manières, après le crépuscule dans un campement de fortune, il me restait que les rêves."


A suivre


A los que quieren saber de donde sale y a donde va la historia, un resumen :

Es la historia de un inmigrante griego que viia antes en Paris, que se encuentra por casualidad en Caracas, y encuentra "el amor de su vida", una de estas super-woman caraquñas. Ella trabaja en SIDOR y anda la mitad del año en avión entre Caracas y Puerto la Cruz y, como buena caraqueña, anda de cama en cama, aunque acepta casarse con el griego. Hasta que el Griego se harta de ella y de sus aventuras. Finalemente, cae en las manos de una Colombiana para desahogar -todavia no se si este personaje es Colombiana o si es Venezolana de Barinas o de algún pueblito del Llano. Pero los hermanos de la colombiana le hacen la vida imposible hasta que le quitan todo el dinero que había ganado en su empresa de comercio con un Chino de Barquesimeto. Finalmente el tipo, destrozado, anda sin nada. Sin embargo, el Griego tiene un amigo -que cuenta la historia- que es socio en un negocio de consultorías al gobierno y a PDVSA, para armar empresas industriales en la quimica la petroquimica y la siderurgia, pero el financiamiento de verdad verdad sale de las importaciones de ropa barata desde China. Es donde se habian encontrado el Griego y el venezolano. En algun momento el Griego que anda en los negocios con su amigo venezolana, encuentra un estatua en Caracas, un Bolivar de madera. Quiere comprarla pero la india que tenia la estatua se desaparece al verle preguntar por el precio. Muy sorprendido Nikos -el Griego- decide encontrar a la estatua. Empieza la novela en un parador de "San Antonio der Gorfo", con ron y hamacas.

Tuve que parar la novela, porque todo esto occuría en 1995 -por ahí-y me pregunte si no valía la pena que sea más “al día”, lo cuál significa todo un montón de información sobre la venezuela bolivariana que no tengo !

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