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Techno-science et progrès

mardi 7 février 2006, par rigas

Jacques Testart, biologiste -si je ne m’abuse- réfléchit sur la notion de progrès.

Le Monde Diplomatique a publié une intéressante tribune de Jacques Testart sur notre foi aveugle dans le progrès scientifique.

Des mots qui sont intéressants et résonnent étrangement maintenant que le renouveau religieux s’affiche de manière hargneuse.

Les optimistes ont pour eux un argument imparable : le pire n’est pas démontré tant qu’il n’est pas arrivé.

Mais l’option « optimiste » ne devrait pas autoriser, par exemple, à nier l’effet qu’ont les activités humaines sur les changements climatiques, tout au plus à espérer que la température moyenne augmentera de deux degrés plutôt que de cinq ou six au cours de ce siècle, une situation qui obligerait cependant aux mêmes mesures de précaution que l’option pessimiste. De même pour la dissémination des transgènes dans la nature ou la pollution radioactive à partir de l’industrie nucléaire : ce ne sont pas ces phénomènes, raisonnablement inéluctables, qui devraient faire débat, mais seulement le temps nécessaire pour qu’ils deviennent insupportables. Alors, ce que dissimule finalement la discrimination entre optimisme et pessimisme, c’est la foi. La foi qui laisse croire aux optimistes que le pire ne peut pas arriver, parce qu’on trouvera une parade encore inimaginable.

Testart se base sur les réactions parfois violentes des scientifiques quand les travaux sont mis à mal, par exemple lors des débats sur les OGM, la procréation assistée, ou la recherche génétique "débridée".

Même si on ne partage pas la démonstration de Testart, il est difficile de refuser son appel à la vigilance.

Dire que « la science va plus vite que l’éthique », c’est signifier en réalité que la techno-science devance et domine les choix de société.

La science n’est pas cette construction seulement rationnelle qu’on a idéalisée, imagerie qui l’abrite des incursions de la critique. Outil forgé par l’homme, la technoscience témoigne de son savoir-faire et de ses carences, et elle n’œuvre à la libération de l’espèce que si on sait contenir sa démesure.

A la suite de Jean-Marc Lévy-Leblond, Testart appelle à une désacralisation de notre rapport à la science. Il propose aussi d’engager activement la refléxion au delà des évidences.

Dans cette direction, on peut exiger des chercheurs une attitude plus humble et soucieuse du bien public. C’est ce que nous avions proposé avec le manifeste « Maîtriser la science » (Le Monde, 19 mars 1988), et c’est aussi le sens du « Serment des savants » proposé par Michel Serres en 1997.


La fondation qu’il préside : Sciences citoyennes


Quelques références :

- Un intéressant livre sur la Démocratie technique : Sclove, Richard E. (1995). Democracy and technology. New York, The Guilford Press. Il existe une traduction en français : Choix technologiques, choix de société avec un postface de Bonneuil et Sintomer (reproduite ici)

- Le livre de Callon, Michel, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe (2001). Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique. Paris, Le Seuil.

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