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Retour des jeux

lundi 30 août 2004, par rigas

Où je m’interroge, en tant que grec, sur la signification de la réussite des jeux olympiques à Athènes.

Retour des jeux (Grèce et Europe)

Les jeux olympiques d’Athènes furent une réussite. Voici un constat, qui nous (grecs) fait plaisir, sur lequel tout le monde s’est accordé. Cérémonie d’ouverture sobre et bien menée, rappelant l’histoire et évoquant la mer ; cérémonie de fermeture joyeuse et insouciante, avec sa dose de kitsch (chinois) en la présence des petites danseuses chinoises en minijupe et tissus du Dongbei, chanteurs de renom de l’ancienne et la nouvelle garde de la chanson populaire ; athlétisme impeccable et histoires de dopage (presque) sous contrôle. Bref, la Grèce s’en est bien sortie même si cela doit coûter une fortune, nous endetter sur 30 ans et nous engager dans une sorte de course en avant dans le maintien d’un équipement sportif de haut niveau. C’est le prix à payer pour entrer dans la concurrence internationale.

Pour la première fois, grâce aux Jeux Olympique, la Grèce sera connue dans le monde entier pour une raison différente que son histoire. Cela change très profondément la donne, bien au-delà de ce qu’aujourd’hui grecs et non-grecs sont prêts à comprendre ou même assumer. Elle sera aussi connue pour autre chose que ses belles plages, ses îles magnifiques, sa beauté géographique. Nous autres Grecs, très fiers de la réussite olympique, n’avons pas encore réalisé ce que cela veut dire. Il existe à ce propos deux positions. Est-ce un premier pas pour entrer dans le cauchemar de la modernité marchande avec laquelle jusqu’à présent nous flirtions, sans vraiment l’adopter ? Est-ce au contraire une sorte de capital de confiance que nous avons acquis en 17 jours pour les capitaliser à notre manière dans les années futures ?

Les deux possibilités ne sont pas exactement les mêmes et reposent sur une analyse distincte. Dans un cas, une part de notre âme se perdra -c’est ce que disent les partisans de la première thèse ; en gros, les Grecs ne seront plus Grecs, mais Européens, occidentaux, intégrés au marché mondial. Dans l’autre cas, nous ne ferions que perdre nos mauvais côtés, notre héritage oriental qui nous pousse à la paresse, le lucre et les joies de la corruption et de la bureaucratie, dans la lenteur toute orientale.

Ces points de vue opposés ne font pas de place aux véritables dynamiques sociales en Grèce (je recommande le livre de Françoise Arvanitis comme introduction). L’entrée de la Grèce dans la modernité européenne a eu lieu bien avant les JO de 2004. L’intensification du travail aussi, à l’égal que dans l’ensemble des pays industrialisés. Avec les JO la Grèce n’a pas vendu son âme « grecque » (entendez « orientale ») pour rentrer dans l’occident. Elle a par contre gagné un pari.

Je dois avouer avoir ressenti beaucoup de fierté à voir le déroulement des jeux. Je dois aussi avouer que c’est avec émotion que je vis le drapeau grec honoré par tous, expliqué par les commentateurs sportifs -les neuf bandes bleues et blanches sont les syllabes du mot d’ordre de la guerre d’indépendance « Liberté ou Mort » - et je dois aussi avouer avoir été fasciné par la beauté des sites olympiques. Un jeune doctorant grec en Suède me disait lui aussi être fier d’Athènes reconstruite pour les besoins des JO. Sentiment donc très largement partagé.

Mais les jeux c’est aussi la réussite de l’Europe. Car les pays Européens sont les principaux gagnants de ces jeux, ramassant bien plus de médailles que tous les autres pays réunis. Fier donc d’être grec et européen.

Août 2004

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