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Suite de « avocats et journalistes en Chine »

mercredi 30 août 2006, par rigas

J’ai déjà signalé les difficultés rencontrées par les avocats et les journalistes en Chine. Voici une autre histoire encore plus juteuse car elle intéresse bougrement notre bonne conscience.

Apple fait le montage de ses iPod en Chine auprès d’une compagnie taiwanaise, Foxconn, connue aussi comme Honghai Precision Manufacturing, qui appartient à un magnat de l’électronique à Taiwan. Un journaliste (Wang You) le 15 juin dernier écrit un article dans le China Business News (第一财经日报) sur les conditions de travail déplorables de l’usine de Foxconn à Shenzhen. L’entreprise attaque le journaliste et l’éditeur en demandant à la cour intermédiaire de Shenzhen de geler les avoirs de Wang you et de son éditeur Weng Bao. Cela inclut leurs appartements, voiture et comptes bancaires. Comme le signale Danwei (chez qui je pique les données factuelles), Foxconn n’attaque pas le journal mais les personnes physiques : le journaliste et l’éditeur. Cette manoeuvre d’intimidation a fait éclat. Foxconn demande en fait 30 millions de yuans de réparation (près de 3 millions d’euros !!), plus que ne gagneront ces deux personnes dans toute leur vie.

L’attaque disproportionnée de Foxconn (une sorte de réponse « à l’israélienne » serait-on tenté de dire)fait beaucoup de tort à Apple. La tempète médiatique à été en fait provoquée par la réaction de l’entreprise plus que de l’article initial. Même la presse officielle chinoise s’est fait l’écho —tardivement— de l’affaire. Sina.com a aussi ouvert un blog (cn) pour les deux journalistes (info de Imagethief (en)). Grave crise de crédibilité pour Apple qui s’est fendu d’un rapport sur le respect des conditions de travail en Chine auprès de tous ses sous-traitants (Apple - Report on iPod Manufacturing).
Le journal China Business News a déclaré qu’il appuierait le journaliste. Et Xinhua, l’agence de presse officielle chinoise termine son article par un jugement "équilibré" selon lequelle Apple a effectivement remarqué quelques règles de bonne conduite qui ne sont pas respectées dans l’entreprise en question. Signalons que l’entreprise taiwanaise semble avoir déjà tenté des manoeuvres d’intimidation du même type en Chine et à Taiwan.

Il se trouve toujours des bons occidentaux qui comprennent le bonheur des ouvriers chinois à Shenzhen ou Chonqing (ou ailleurs) où les ouvriers ils sont payés des bricoles mais tellement mieux que dans leur villages d’origine !! Ce discours est fréquent et comme le dit le monsieur que je cite ci-dessus "vivre en Chine change votre façon de penser".

Ce qui est nouveau dans cette affaire c’est qu’elle met aux prises une grande corporation étrangère et le système juridique. Cela rend les choses très délicates pour les autorités et la justice chinoise peu habituées à ce genre de situation où les chinois sont pris en sandwich entre les droits entendus par les occidentaux et les pressions économiques auxquelles usuellement ces mêmes autorités ont tendance à succomber facilement.

Car sinon, les accusations portées à l’encontre des entreprises comme Foxconn sont monnaie courante.

Comme le signale Abel Segretin dans Libé

Par comparaison, les usines Foxconn jouissent d’une réputation « dans la moyenne » des assembleurs de pièces électroniques. Beaucoup d’ouvriers espèrent même y travailler un jour, car « on y paie les heures supplémentaires et il y a même des bonus ».
Depuis quelques années, il devient de plus en plus difficile pour les patrons de contourner les lois sans que les employés « votent avec leurs pieds » en s’en allant travailler dans d’autres usines aux conditions meilleures. L’actuelle pénurie de main-d’oeuvre pousse à une hausse des salaires minimaux officiels. Ceux-ci viennent de passer à 810 yuans par mois (environ 80 euros) dans la zone où est implantée Foxconn et les heures supplémentaires ont aussi été augmentées. Mais la plupart des sous-traitants hongkongais ou taïwanais font eux-mêmes appel à d’autres sous-traitants locaux, dont les ateliers ne sont pas soumis aux visites d’enquêteurs. Tabassages, viols, licenciements abusifs et doubles contrats sont très fréquents dans ces usines « noires ».
« Des mesures appropriées vont être prises pour faire respecter notre charte de bonne conduite », a promis la firme. Liu Kaiming, qui a créé un centre d’observation et d’aide aux ouvriers migrants dans le sud du pays, propose sa solution avec ironie : « Apple devrait augmenter ses salaires en Chine et baisser le prix des iPod, comme ça les ouvriers pourraient s’en acheter et tout le monde serait content ! »

Business as usual ? Peut-être pas, car cette affaire a nuit à l’image de marque de Apple comme le signalent les très nombreux commentaires que l’on retrouve sur le web. C’est précisemment cet aspect atypique de l’affaire, le domaine des nouvelles technologies ramené à l’état de simple secteur industriel comme les chaussures, les jouets et les fleurs en plastiques, qui a fait du mal a Apple. Par ce qu’elle a montré que le concept « d’image » et de « relations publiques » n’a pas encore fait son chemin en Chine. Et enfin, parce qu’elle dévoile la position incommode des autorités chinoises.

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