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Avocats et journalistes : des métiers difficiles en Chine

dimanche 27 août 2006, par rigas

Le Figaro rappelle que le journaliste chinois qui travaille pour le NY Times et qui avait eu la mauvaise idée d’annoncer un "scoop" (la démission de Zhiang Zemin du poste de chef de la commission militaire en 2004) a finalement écopé de 3 ans de prison (au lieu de dix, voire même au lieu de la peine de mort !!! car les secrets de palais sont des secrets d’état). Le plus amusant est le subterfuge trouvé pour soi-disant "sauver la face" du tribunal : le journaliste a été accusé d’avoir escroqué un paysan !

Mais les journalistes ne sont pas les seules cibles des censeurs de Pékin. Une armée d’avocats, défenseurs des « petits », agace de plus en plus souvent le régime. Chen Guangcheng, avocat dans le Shandong, à l’est du pays, a été condamné, cette semaine, à plus de quatre ans de prison. Le jeune homme de 35 ans avait défendu la cause de femmes forcées à avorter, même à plusieurs mois de grossesse, pour ne pas troubler les statistiques des autorités locales, imposées par un régime qui prône toujours la politique de l’enfant unique. À l’issue d’un procès joué d’avance, le juriste autodidacte, aveugle depuis l’enfance, a été reconnu coupable... d’avoir détruit des biens et bloqué le trafic par un rassemblement.

Au sein d’un système judiciaire où "la police prépare le riz [le dossier], le procureur l’apporte et la cour l’avale" [...]

l’avocat reste perçu comme une entrave au bon déroulement de la justice et se voit, de ce fait, confronté à des obstacles sans fin dans l’organisation de la défense de son client : il n’est fréquemment même pas autorisé à le rencontrer, ni avoir accès aux pièces du dossier ou à connaître les chefs d’accusation. Chaque année des dizaines d’avocats perdent leur licence d’exercice ou sont arrêtés pour "falsification de rémoignane" - en réalité pour avoir contesté la véracité des confessions et témoignages receuillis par la police" (article de Nicolas Becquelin dans la Quinzaine Littéraire, Août 2006, p.20).

Ce même article de Becquelin cité ci-dessus rappelle une observation du même Chen Guangchen :

la plupart des réformes légales nécessaires se heurtent désormais à la chape politique : indépendance de la justice, autonomie des avocats, contre-pouvoirs, la réalité politique l’interdit"

L’observation ci-dessus qui semble bien anodine, objectve même, coûte donc 4 ans de prison !!!!

Remarquons que ce sont les petites gens qui poussent à la réforme du système politique et pas les intellectuels qui, comme le signale Béjà dans son livre, n’ont pas réussi à faire le lien avec les mouvements populaires ouvriers ou paysans. Les paysans expulsés pas les forces de l’ordre, ouvriers impayés ou accidentés du travail [1]. Les "mauvais éléments" ne sont pas des ténors de la politique mais le peuple, le vrai peuple qui se fait avoir : mais il semblerait que de plus en plus de cas sont clos en faveur des plaignants, notamment quand l’accusé est un représentant pourri de l’administration locale. C’est encore bien peu.

Un juge anonyme dans une revue juridique -cité par Becquelin- explique la raison de cet équilibre nouveau parfois en faveur des citoyens :

" les juges sont confrontés à un dilemme : soit ils jugent en faveur des autorités locales et courent le risque de troubles sociaux, soit ils jugent en faveur des plaignants mais les décisions ne sont pas appliquées par les autorités locales. ... Si les contradictions entre officiels et citoyens ne peuvent trouver de solution au sein d’un cadre juridique, les troubles sociaux risquent de déborder".

Et les "troubles sociaux", rien ne fait plus peur à Pékin.


[1lire à ce propos le livre Ian Buruma, Bad Elements. Chinese Rebels from Los Angeles to Beijing)

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