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Ségo, Sarko et Cohn-Bendit

vendredi 15 septembre 2006, par rigas

Le Monde a publié un papier de Daniel et Gabriel Cohn-Bendit pour soutenir la candidature de Ségolène Royale. Voici ce que j’en pense.

(Pour le besoin de la cause on va juste transformer le frère de Daniel en son fils...)

Gabriel le fils dit a Daniel le père : Eh Papa, papa, si on écrivait un article dans le monde ?

Daniel : Ouais, c’est pas con ça ! ...Euh, ....c’est quoi ce que tu veux dire ?

Gabriel : Eh bien, soutenir Sego.

Daniel : Quoi ? Et pourquoi ?

Gabriel : Déjà pour justifier mes vingt euros (nouvelle adhérent socialiste). Ensuite, je peux pas saquer DSK passqu’il a fait des études d’économie et il la ramène un peu trop. En réunion de section t’as les DSKistes qui te sautent au cou comme si t’étais une proie et puis le mot "Sëgolène" est prohibé dans l’enceinte des réunions. Et puis t’as vu Lionel pleurer ? Non mais c’est pas supportable cette mièvrerie de vieux qui fait la une des journaux « Je sais j’ai été incapable mais je promet de faire mieux que cette nenette et d’avoir au moins autant d’émotion qu’elle » a-t-il l’air de dire.

Daniel : C’est vrai que c’est pas l’émotion qui le caractérise.

Gabriel : Bon alors on l’écrit cet article ?

Daniel : Non. Je m’en fous des socialos !

Gabriel : C’est bien ça ! Soixzantehuitard attardé !

Daniel (exaspéré) : Gabriel je t’en prie, on va pas revenir sur cette éternelle discussion.

Gabriel : Si justement car Sarko il n’attends que ça ! Tout est de votre faute va-t-il dire ! Alors on le laisse dire ?

Daniel : Euuuhhhh.

Gabriel : Et puis tu vas pas faire la révolution. C’est déjà fait. Par contre imagine Sarko Président !! Juste un instant !! Tout le vocabulaire de "gauche" dans la bouche de la droite. Tout ce que ta génération a défendu au panier, en une élection.

Daniel : c’est vrai que....

Gabriel : Et puis imagine les vieux du PS qui vont se mettre à rouler des mécaniques. A plus de 70 ans ils veulent être frais comme des gardons et regarde la brochette gériatrique que nous sert le PS.

Daniel : C’est vrai.

Gabriel : Et puis tout ces révolutionnaires de gauche cocos, alterchose, attacos, trotskos qui ne savent que se bagarrer entre eux. C’est vraiment lamentable. Je croyais que tu étais vert parce que tu voulais pas être trostko !

Daniel : Euh, en quelque sorte oui.

Gabriel : Ou tu préfères être le "born again intello" comme Régis Debray, loué pour ses écrits en faveur de la religion !!

Daniel : Ah non pas ça !

Gabriel : Et tu préfères que le machisme délirant gagne définitivement toutes les campagnes électorales et que les femmes ne soient que le faire valoir des auteurs à succès qui écrivent sur la vie politique française ?

Daniel : ....

Gabriel : Alors, on l’écrit ce papier ?

Daniel : D’accord, mon ange.

PS : Pendant qu’ils écrivirent l’article Gabriel et Daniel se bagarrèrent sur le côté « famille bien rangée » de Mme Royal. La discussion tourna court quand Daniel répéta (pour la énième fois) à son fils que famille et armée ne sont pas sa tasse de thé, ce à quoi Gabriel répliqua que c’est comme ça qu’on finit par soutenir les islamistes. Et toc.

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Article original

Point de vue
Sexe faible s’abstenir, par Gabriel et Daniel Cohn-Bendit
LE MONDE | 14.09.06 | 14h11 " Mis à jour le 14.09.06 | 14h11

ominique Strauss-Kahn, Jack Lang, Laurent Fabius et, de manière encore trouble, Lionel Jospin, tous ont en commun avec Ségolène Royal d’être candidat à la candidature socialiste pour la présidentielle. En novembre, les militants, dont l’un de nous deux, feront leur choix.

Alors que la frénésie bat son plein, difficile pour nous de ne pas interpeller les ténors du Parti socialiste. Ségolène n’est pas concernée par cette interpellation, parce que nous n’avons ni entendu ni lu la moindre attaque de sa part contre ses rivaux. Elle dit ce qu’elle veut faire et comment elle pense le faire. Soit dit en passant, nous n’avons ni lu ni entendu d’attaque des ténors contre les autres candidats mâles. Par contre que n’avons-nous pas lu et entendu, clairement dit ou sous-entendu, contre Ségolène ! En gros elle n’aurait rien dans le ventre ni dans la tête. Rappelons à tous ce vieux proverbe : "Quand deux têtes se cognent et que ça sonne creux, ce n’est pas toujours à cause de la tête de l’autre."

Comment croire à la perspicacité politique de gens qui n’imaginent même pas que Ségolène puisse l’emporter dans le PS et qu’il faudra ensuite combattre ensemble le candidat de la droite ? Déjà Nicolas Sarkozy et ses seconds couteaux reprennent les arguments prémâchés : "La présidentielle n’est pas un concours de beauté", vient-il de déclarer en plagiant, sans le citer, Jack Lang. Dans un élan digne de ses amis machos, Martine Aubry est même allée jusqu’à dire de Ségolène qu’elle n’avait pour elle que sa séduction et ses "mensurations". Séduction "bassement terrestre" alors que certains autres candidats semblent avoir la préséance en matière de quotient intellectuel.

L’agrégé d’économie qu’est Dominique Strauss-Kahn aspire à un débat sur son terrain pour que soit enfin reconnue son incommensurable supériorité sur Ségolène. Est-il nécessaire de rappeler que François Mitterand n’était pas un grand économiste ? Mais il avait de bons ministres, dont précisément Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou Jacques Delors, et un conseiller, Jacques Attali, qui remplit la même fonction auprès de Ségolène. Lionel Jospin a pour sa part créé un conseil d’analyse économique pour lui donner des avis...

Quant au débat avec les jeunes socialistes, imaginons que Ségolène, émue de tant d’agressivité, ait eu la gorge serrée, quelques tremblements dans la voix, qu’elle ait même retenu une larme. Le tollé que cela aurait fait ! Tous, et Lionel Jospin en premier, auraient sans aucun doute dénoncé cette sensiblerie féminine. Immanquablement, on lui aurait reproché de jouer sur l’affectif, d’être incapable de maîtriser tant ses émotions que ses nerfs dans une situation difficile. Mais la mâle émotion de Lionel, elle, a fait l’admiration de ses fidèles. Alors que les excuses de Ségolène et l’échéange constructif qu’elle a pu finalement avoir avec la jeune militante socialiste, après son épisode de défaillance à Quimperlé n’ont suscité que ricanements.

Que les choses soient claires : quelle que soit la préférence de l’un et l’autre pour le premier tour, si nous soutenons Ségolène au sein du PS, c’est non seulement parce qu’elle est la personne la plus apte à battre Nicolas Sarkozy au second tour, mais en plus parce qu’elle est la seule qui réponde à un besoin profond de la société française : la transformation de la fonction présidentielle. Elle est, en effet, la seule à incarner ce besoin d’une présidence citoyenne, à l’écoute de la société et capable de mobiliser les intelligences collectives pour le bien du plus grand nombre. Et nous croyons par ailleurs que, une fois installée au "palais royal" de l’Elysée, elle saura s’entourer de conseillers, de ministres, d’amis, parmi lesquels se retrouveront les ténors, capables de démocratiser les prises de décisions.

Aux ténors dès lors de se ressaisir, car demain c’est ensemble qu’ils devront combattre le candidat de la droite et après-demain, nous l’espérons, qu’ils seront au pouvoir tous ensemble et avec d’autres, heureusement pas tous socialistes, avec qui ils se compléteront très bien. Que chacun dise ce qu’il a à dire au lieu de croire se grandir en rabaissant la seule concurrente féminine car, en réalité, c’est l’effet contraire qui se produit : eux se rabaissent et elle en sort grandie.

Daniel Cohn-Bendit est député européen Vert.

Gabriel Cohn-Bendit Nouvel adhérent socialiste.

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