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L’Hypertexte selon Mark Bernstein

lundi 30 octobre 2006, par rigas

Une note qui n’a rien à voir avec l’actualité (encore des bus brûlés et surtout une femme à l’article de la mort pour cause de vandalisme lâche). Ecouter aussi les maires Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et Jean-Christophe Lagarde, député-maire UDF de Drancy (Seine-Saint-Denis) . Ça m’a donné envie de lire le livre de Dilain (qui avait aussi une interview très intéressante dans les Inrockuptibles le 10/10/2006).

Mark Bernstein est une sorte de génie de l’informatique. Il est l’inventeur de plusieurs programmes de création d’hypertextes et de ce que l’on peut qualifier d’outils de visualisation de l’écrit (je fais très fort, là). Il dirige Eastgate, une entreprise qui publie des livres hypertextuels, des romans, des écrits philosophiques, des poèmes.... Pas des e-books [1], mais des livres qui se lisent sur un ordinateur au gré des clicks et de la navigation. Le concept d’hypertexte, celui de Vannevar Bush et de Ted Nelson (sur Wikipedia : Ted Nelson), prend tout son sens.

Bernstein a théorisé sur les effets de la création de textes en hyper-texte sur la lecture et l’écriture. Il fait l’analogie entre lire un hypertexte et se promener dans un jardin. Les hypertextes sont des jardins (texte de MB ici). Il tire sept leçons de cette analogie. Mais le plus important me semble cet enseignement essentiel : la lecture hypertextuel est foncièrement circulaire, contrairement à la lecture d’un livre sur du papier qui est linéaire. Un véritable hypertexte est un texte littéralement sans queue ni tête. On peut commencer à un endroit quelconque (et rarement au début), généralement par hasard, et on finit par retrouver des pages que l’on a déjà vu.

Dans cette pérégrination, rien ne garanti évidemment d’avoir tout lu. Le regard est passé par ici, il est passé par là, mais où se trouve-t-on exactement ? car la notion même de finitude du texte n’existe plus. Il n’y a tout simplement pas de “tout” car l’espace de l’hypertexte n’a de limites visibles. Aucun lecteur ne peut non plus être certain que le texte sera cohérent. Mais la cohérence est une propriété mathématique, pas une figure de la rhétorique ou une figure de style. Le style hypertextuel, s’il est effectivement mis en pratique, produit donc des écrits qui utilisent cette redondance innée des hypertextes.

Dans un récit, je passe et repasse par la même place, le même lieu, la même page. Je reviens sur mes pas et repars dans l’espace. Cette promenade peut être très longue sur un espace limité. (Une tentative de rendre cela vivant et littéraire est le projet Wikipen... le problème est que les intervenants dans Wikipen ne sont pas tous à la hauteur. Comme moi, par exemple. Ça fait partie du jeu).

Le malheur veut que les outils que nous utilisons (à cause de Microsoft, à cause du business, à cause de l’utilisation avant tout bureautique de l’équipement informatique) sur les ordinateurs soient peu graphiques. Car la seule façon de saisir cette circularité serait de la voir sur l’écran.

Storyspace est un programme qui permet de visualiser les liens entre les textes. Beaucoup mieux, Tinderbox (uniquement Mac) reprend les même principes de visualisation et permet de fabriquer aussi des blogs. Sur Windows on est un peu moins gâtés. Même VBK (pour Visual Knowledge Builder) ne permet pas de déployer toute la puissance que devraient avoir des marqueurs graphiques. Des expérimentations comme celles de Luis Francisco Revilla (projet WARP, je sais pas ce que ça veut dire) permettent de se rendre compte de la puissance de ces outils. Ajout plus récent (Août 2010) : les cartes extraordinaires de Steve Ersinghaus réalisées avec Tinderbox.


J’ai écris cette note parce qu’un blogueur (ou une bloggeuse ? (La lettre volée) a récemment rappelé les dix conseils de Bernstein quand on fait un blog. Qu’il ou elle soit remercié(e) de me rafraîchir la mémoire.


Et pour ceux qui ne veulent pas se balader sur mes liens, voici les sept leçons sur l’hypertexte :

Dans ce texte, Mark Bernstein oppose les jardins agencés aux espaces non touchés par l’homme. Cette image de la "wilderness" est évidemment très américaine. Par contre il examine deux formes d’hypertextes : ceux dont l’organisation intérieure est assez lâche et semble confuse et ceux dont la structure "à la française" est plus rigide. Mais on retiendra de ce petit essai remarquable, sept leçons que voici :

- 1. Si vous vous sentez désorienté dans un hypertexte, cela peut être dû à une rédaction confuse ou à la complexité du sujet. La plupart des hypertextes n’ont pas besoin d’un appareil de navigation très élaboré.

- 2 Une structure hypertextuelle rigide est coûteuse. En invitant trop souvent le lecteur à quitter le texte, en attirant l’attention et le trafic sur les centres de navigation et en repoussant le contenu hors des pages clés (et du trafic), la structure rigide peut éclipser le message de l’hypertexte et déformer sa voix.

- 3 Le chemin le plus court n’est pas toujours le meilleur.

- 4 Les jardins sont des espaces réduits qui flattent les sens ; les parcs sont des espaces sauvage domestiqués pour notre plaisir. Les grands hypertextes et les sites Web peuvent contenir à la fois des parcs et des jardins.

- 5 Les effets visuels et autres irrégularités renforcent les chemins. Mais il faut utiliser ces ponctuations avec parcimonie ; les interruptions sont fatigantes et envahissantes.

- 6 Les limites des parcs doivent être particulièrement nettes, sous peur que le lecteur ne les perçoive que comme un lieu désert. Les portails introduisent une structure et les repères la confirme permettant aux visiteurs de s’assurer qu’il se trouvent dans un ouvrage pas un lieu désert et chaotique.

- 7 Une structure rigide fait paraître le texte plus court. Une structure complexe et enchevêtrée fait qu’un hypertexte long paraît plus petit, invitant à effectuer une exploration plus longue et plus réfléchie.


[1Les e-books ne sont que des livres sous format de bits électroniques.

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