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Populisme ?

dimanche 28 janvier 2007, par rigas

Le dernier numéro de CFDT Magazine (comme ça il ne vous reste plus de doutes, chers lecteurs), titre : "Populisme un fléau sans frontières". avec cette définition : pratique politique utlisée par un leader charismatique qui nie la démocratie représentative et la société civile." De plus, les populistes sont taxés de xenophobie, d’antisémitisme, de haine de classe (les petits contre les grands).

Tout cela n’est pas entièrement faux, mais je m’interroge sur cette volonté de vouloir faire passer ce nouveau concept et donner une filiation populiste à Jean Marie Le Pen (qui n’en a pas besoin, il est un nationaliste réactionnaire, ce que nous appelions à la fac "les fachos") et anti-immigration. En l’occurrence, la filiation serait Poujade, l’anti-gaullisme de Tixier Vignancourt, que sais-je encore. Tous les partis d’extrême-droite d’Europe, le FPÖ de Haider en Autriche, le Mogens Glistrup suédois, le Vlaams Beleng en Belgique, le Front National, deviennent ainsi populistes. Mais on se trompe me semble-t-il en disant cela.

Car le populisme ce n’est pas le chauvisnisme et la xenophobie réunies, mais un mouvement de masse, populaire donc et pas du tout marginal comme le sont les partis de l’extrême droite européenne.

Récemment j’ai encore défendu ce point de vue sur le blog de Laurent Bervas. J’y défendais l’idée que le populisme a toujours été une défense du peuple par des représentants des classes moyennes. Le modèle que j’avais en tête est évidemment Perón en Argentine, qui peut être véritablement nommé comme le père du populisme latino-américain. Je pense même qu’il est l’inventeur sinon du mot du moins de la chose qu’est cette conception politique (exécrable, je vous l’accorde). Le terme en Amérique latine a été associé à des politiques qui vues de ce côté-ci de l’Atlantique sont de droite, font référence aux mouvements de masse qui donnèrent naissance au fascisme et au nazisme et dont l’idéologie semble subsister avec plus ou moins de force dans les partis de l’extrême droite. En Amérique latine, les mouvements populistes ont été des mouvements de rassemblement populaire autour du leader charismatique, certes, mais qui avaient la vertu de "transformer les individus à la marge de la société pour en faire des citoyens à part entière" (comme le signale Georges Couffignal, p. 12 de ce même numéro de CFDT Magazine).

Ceci est vrai de tous les régimes autoritaires populistes des pays pauvres. Et Couffignal a également raison de signaler que pour que cela marche, le populisme a besoin "d’un marché intérieur protégé," [...], "une fonction publique pléthorique où fonctionne le clientélisme" [1]. C’est là aussi ce qui explique leur force malgré le fait que les démocrates européens y voient avant tout l’autoritarisme, soulignant le côté jovial et clownesque du leader fanfaron mais rassembleur, toutes choses qui semblent parfaitement sauvages et incongrues.

Si je suis en accord avec cette partie de l’analyse de Georges Couffignal (l’intégration sociale provoquée par le populisme autour et avec l’état), je ne peux absolument pas le suivre quand il assimile Chavez du Venezuela au même populisme. Tout d’abord, parce que contrairement à ce qu’il dit Chavez tient ses promesses. "Chavez fait des promesses qu’il ne tiendra pas". Or Chavez a tenu nombre de ces promesses, le pays s’est enrichi et il a distribué de l’argent, même les pires ennemis du chavisme sont bien obligés de le reconnaître. Les chauffeurs de taxis, les femmes de ménage, le petit peuple est ravi de ce pouvoir qui s’adresse à eux. Chavez qui est un homme plus vénézuélien que l’arepa (la galette de maïs typique du pays) a mené à bien l’alphabetisation, les docteurs cubains ont servi effectivement à améliorer la santé publique. Cela n’est pas un détail et c’est parce qu’il a tenu ces promesses qu’il a été réélu !

Mais plus fondamentalement, Chavez n’est pas un représentant de la classe moyenne qui vole au secours du petit peuple pour garder le pouvoir. Chavez fait partie de ce petit peuple. Il en est issu et il parle comme lui. Il n’a pas besoin de médiateurs pour s’adresser au peuple et c’est ce qui explique son étonnante émission "Aló Presidente" où le peuple est censé s’adresser directement à lui.

Un cas de populisme, similaire à celui de l’Amérique latine, plus proche de moi est celui de Andreas Papandreou en Grèce. Andreas Papandreou a gouverné le pays dix ans, a créé un parti socialiste digne de ce nom, et a présidé à la plus profonde transformation économique et sociale que le pays ait connu depuis au moins 1922 [2] Durant la décennie des années quatre-vingt la Grèce a changé de manière très profonde. La nouvelle génération issue de cette transformation sociale est aujourd’hui trentenaire : elle arrive aux commandes sans les complexes du pays pauvre, sans les réflexes populistes car populaires. Mais ceux qui aujourd’hui ont la cinquantaine (hmmm !) ont connu et vécu cette profonde transformation d’une économie agraire et rurale en une economie urbaine et orientées vers les services. La méthode de cette transformation a été celle des nominations et des clientélismes. Mais le résulat n’a pas été le même car entre-temps la Grèce est devenu une économie de services alors qu’elle était une économie de ruraux. Populisme donc, intégration à l’économie mondiale. Un indice parfaitement mesurable de cette réussite est le fait que la Grèce soit devenu un pays d’immigration après avoir été longtemps une économie d’émigration (le mouvement s’est inversé au début des années quatre-vingt).

Enfin, bref, je m’insurge contre l’appelation de populiste pour qualifier cette realité politique que sont les partis d’extrême droite, dans lesquels je ne trouve rien, absolument rien, de bon. Mais surtout je m’insurge car elle provoque un aveuglement, sur les mécanismes de l’enrichissement des économies pauvres et périhériques.


[1je suis moins d’accord avec le besoin d’une structure étatique puissante ; disons, une structure étatique omniprésente

[2lire à se propos l’analyse excellente -en grec-, dans le livre de Antonis Karakousis, "Meteori Gi (Pays resté en suspens" 2006.

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