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Motifs de honte et preuves de nationalité

vendredi 4 mai 2007, par rigas

Une série d’histoires toutes très déprimantes et honteuses sur l’état policier que Monsieur Sarkozy a voulu et encouragé :

- En lisant cet article de Libération sur cette jeune médecin du Mali, spécialiste du Sida, arrêtée à la frontière pour délit de sale gueule (noire) j’ai vraiment honte. Retenue trente heures sans autre motif que la suspicion car elle est .. noire. Comment se trouve-t-il que nous trouvions normales de telles pratiques ?

- Irène Delse relève aussi cette histoire et signale une autre histoire de la France de Sarkozy. Cette deuxième histoire est celle d’une femme de 50 ans née en France de parents juifs polonais qui a voulu se rendre en Inde pour son travail et qui s’est vu refuser son passeport car il lui a fallu prouver sa nationalité !!!!

- Ma famille et moi-même avons eu à faire face à une même "simple formalité" qui consiste à devoir prouver notre nationalité. Pour cela il faut demander un papier qui le dise en toutes lettres émanant du Tribunal d’instance, car aucun d’entre nous n’est né en France et pour cela il faut fournir un acte de naissance d’au moins un des parents (et grand-parents !). La carte d’identité n’est donc pas une preuve de nationalité !!!

- Je viens d’apprendre que pour obtenir une attestation d’hébergement de la part d’une personne vivant en France pour un étranger qui veut un visa (touristique), il faut présenter 12 feuilles de paye [1]. De plus, il faut au moins justifier de 250 euros mensuels de revenu par personne hebergée. Le certificat d’hébergement était introduit par une loi Pasqua. Le raffinement c’est le Ministre de l’Intérieur Sarkozy qui l’a introduit.

- Une dernière histoire pour ce soir. Mon ami H. est chinois, ingénieur agronome, inscrit en thèse de doctorat en co-tutelle en France et en Chine. H. après un séjour de presque six mois repart en Chine. A Roissy, il est arrêté à la frontière parce qu’il n’a pas son visa étudiant de longue durée mais seulement le certificat provisoire de la préfecture de Bobigny (ceux qui ont fait la queue dans les préfectures savent que ce n’est pas coton d’obtenir une simple entrevue à Bobigny pour les visas de longue durée). La policière lui explique qu’il n’est pas en règle. De plus, H. a la mauvaise idée d’être un excellent chercheur mais de ne parler que l’anglais en dehors du chinois. La fonctionnaire, qui n’a que son bac en poche et ne parle que le français, lui dit qu’il n’est pas un véritable étudiant puisqu’il ne parle pas français. Il a fallu l’intervention d’un ami chinois francophone qui l’avait accompagné à Roissy pour démmerder la situation.

Autant d’histoires qui me semblent reflèter une fâcheuse tendance à agir sans aucun respect ni circonspection de la part de l’administration à tous ses niveaux. Cela me fait vraiment honte. C’est cela la Lepénisation des esprits.

Extrait de l’article de Libération sur la jeune médecin malienne :

Au départ, voilà une jeune femme présentant parfaitement bien : médecin, spécialiste du sida au Mali. Le mois dernier, elle est invitée, comme cela lui arrive souvent, à participer à un colloque scientifique sur le sida, à Paris, présidé par Christine Katlama. Il s’agit d’une rencontre très officielle puisque, en ouverture de ladite conférence, a été lu un message de bienvenue de Jacques Chirac. « Le 29 mars 2007, raconte ce médecin (1), j’atterris à 6 h 20 à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Au poste de contrôle de police, je suis arrêtée par un policier, sans aucun motif. Il m’amène dans un petit bureau où se trouvent d’autres policiers et des passagers. Il me fait attendre pendant trois heures. Sans un mot. Deux jeunes policières me fouillent ensuite dans les toilettes et, sans explication, me prennent tous mes papiers. Je leur explique, pourtant, le motif de mon voyage, mais elles ne me répondent pas. » Ensuite ? « Un autre policier m’ordonne de signer des papiers sur lesquels est écrit : "Refus d’entrée". » La raison ? « Il me dit que ma date de retour dépasse celle du séjour qui figure sur le visa, et que je ne suis pas inscrite pour la prétendue conférence. Je leur explique que dans mon pays, le Mali, il faut présenter un billet d’avion de retour au consulat de France pour obtenir un visa d’entrée, que la Société Bristol-Myers Squibb, qui a pris mon billet, l’a laissé ouvert jusqu’à un mois, et que, lorsque j’ai obtenu un visa de sept jours, j’ai raccourci mon séjour en France, et qu’enfin, les inscriptions définitives à la conférence se font sur place. » Bref, tout est clair et il n’y a aucune embrouille.

« Mais ils n’ont rien voulu comprendre, ils m’ont enfermée dans une petite pièce. On ne pouvait pas se tenir assis, et on m’a dit que je prendrai le vol Air France du même après-midi sur Bamako... J’ai dit aux policiers que j’avais de la famille à Paris. Ils m’ont transférée au centre de rétention de l’aéroport, où je suis restée quatre heures, sans accès à une chambre. Dans l’après-midi, trois policiers sont venus me chercher, m’ont ramenée à l’aéroport pour l’embarquement. Arrivée au contrôle de police des frontières, j’ai cherché à voir un officier de police. Par chance, l’un d’eux s’est arrêté pour écouter mon histoire, et m’a donné raison. Il m’a dit de ne pas embarquer. Il a ordonné aux policiers de mettre un téléphone à ma disposition pour appeler ma famille à Paris et en Afrique. »

La mésaventure ne s’arrête pas là. « J’ai pu appeler mon mari, qui a ensuite avisé sa soeur puis notre beau-frère à Paris. Ils sont immédiatement venus à l’aéroport. » Mais ces derniers n’ont pu la rencontrer, l’heure des visites étant dépassée. « Le lendemain matin, mon beau-frère et ma belle-soeur se sont présentés au centre de rétention pour me faire sortir. On nous a fait savoir que mes papiers étaient restés à l’aéroport et qu’il n’y avait au centre aucun officier disponible pour prendre une décision. Après deux heures d’attente, un officier s’est présenté à nous. Mon beau-frère, avec ses décorations de Légion d’honneur et du mérite, s’est porté garant et a demandé au comité d’organisation de la conférence de faxer à la police une copie de mon inscription... C’est comme cela que j’ai retrouvé ma liberté, après plus de trente heures de rétention. » Un détail, encore : « Les policiers qui m’ont reconduite du centre de rétention au poste de police du terminal, visiblement déçus de me voir revenir pour une libération et pas pour un rembarquement, ont conspué leurs collègues du centre de rétention, accusés de faiblesse. »

PS : Lire l’excellent billet de Irène Delse du 18 août 2007, Au pays de la discrimination ordinaire.

PPS ; J’ai posté ce commentaire :

Il me semble que la question de la preuve de la nationalité a été discrètement appliquée au fur et à mesure des demandes de renouvellement des CNI et des passeport.

Je ne comprend même pas la logique du bénéfice de cette loi Pasqua en termes politiques pour la droite. Je n’y vois même que des inconvenients pour le gouvernement (mais j’ai peut-être rien compris). Cela me semble être un cas assez typique où la droite "bien pensante" veut l’électorat de la droite "mal pensante" sans véritablement se préoccuper des cas particuliers et des conséquences que cela peut avoir sur l’administration. Le Pasqua s’est pris les pieds dans le tapis, quoi !

Par contre ce gage donné au nationalisme d’ultra-droite (sans lequel point de victoire électorale pour la droite tout court) n’a, me semble-t-il, pas fait de tort qu’aux réfugiés en France et nés à l’étranger.

Cette loi a aussi touché tous les français nés à l’étranger d’un parent étranger et d’un national français. Cela fait énormément de monde. De sorte que par exemple dans mon cas, j’ai plus de mal à prouver ma nationalité (car né à l’étranger de père grec et de mère française) que ma fille aînée (née de mère française elle même née en France, ouf !), qui elle-même a plus de mal que ma fille adoptive née mexicaine de mère mexicaine et père inconnu mais adoptée de plein droit en France ET au Mexique.

Mon cas et celui de ma fille soit être très fréquent et me semble très préoccupant—même s’il ne comporte pas la charge dramatique des cas cités dans le billet de Irène Delse et l’article de Libé. Car, après tout, si je tiens tant à la nationalité française c’est peut-être aussi par fierté de l’être, français, et pas seulement par commodité administrative. Mais si l’administration de la France devient aussi sournoisement tatillone et oblige des fonctionnaires à des comportements de rats auquels il est difficile de ne pas succomber (lire Les Bienveillantes pour une magistrale illustration littéraire) serais-je toujours aussi fier ? Avoir à prouver ma nationalité me fait honte au nom de la collectivité française à plus d’un titre. Les français qui se sont établis à l’étranger l’ont fait pour des raisons très multiples et souvent deviennent les meilleurs porteurs de la culture française ; ce sont des passeurs d’idées et ils sont une preuve de la beauté et la permanence de la culture française. En demandant à leurs enfants de prouver leur nationalité on dégrade l’image même de cette culture et on risque de la rendre nettement moins désirable et moins durable.

Cette même honte j’ai ressenti en demandant les certificats d’hégbergement pour des amis étrangers qui viennent me visiter en France

http://rigas.ouvaton.org/article.php3?id_article=294

Merci à Irène pour ce billet magnifique.


[1Après vérification, il s’agissait d’une exagération d’un employé local de la section consulaire d’une petite ambassade de France ; n’empêche, le fonctionnaire français n’a ni rectifié ni n’est intervenu pour rectifier.

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