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’Still Life’ et ’Une jeunesse chinoise’ : Deux films chinois à voir en ce moment

dimanche 20 mai 2007, par rigas

Sur l’excellent site d’info Rue89.com, on peut lire la recommandation pour deux films chinois, Still Life de Jia Zhang-ke "Sanxia haoren" et Une jeunesse Chinoise (ou Summer Palace ou encore "Yihe yuan" de Lou Ye). On peut les voir, en effet, mais ma déception est grande. Notamment pour celui de Jia Zhang-ke qui avait fait des films étonnants de rigueur comme le Pickpocket et Plaisirs inconnus. Evidemment, cela ne fait pas lui un mauvais cinéaste : bien au contraire. Mais justement, j’en attendais peut-être un peu plus.


Lire :
- Critique favorable de Pierre Haski sur Still Life dans Rue89.com ou de Antoine de Baecque qui est dithyrrambique.
- Commentaire moins favorable de ma part (qu el’on peut lire ci-dessous) sur le même site. Je ne suis pas le seul a être déçu !

Moi plutôt fan de cinéma chinois —je considère par exemple Puit aveugle ("Blind shaft" ou "Mang jin") de Yang Li et Lan Yu

 [1] sont des chefs d’oeuvre du cinéma mondial [2]— je trouve ces deux films très décevants.

Still Life (de Jia Zhangke) est un film long et je pense que la meilleure image est celle où les mingong regardent les l’une des célèbres trois gorges sur un billet de 10 RMB. Tout un symbole. Le film en est bourré. Le personnage principal est un homme qui se retrouve à Fengjié la ville qui va être engloutie au milieu des décombres à démolir à la masse les immeubles anciens... Il y était venu chercher sa femme et sa fille. Mais il les a perdues toutes deux irrémédiablement, un peu sans raison, peut-être parce qu’il est un paysan, peut-être parce qu’il ne s’entendait pas bien avec sa jeune épouse qui a filé réussir ailleurs mais n’a pas trouvé le bonheur ni la réussite. Sa fille est partie encore plus au Sud, à Dongguan, apprend-on. Le Sud, "plus au Sud qu’au Sud" dit le personnage, une véritable métaphore de la réussite. Il n’ira pas plus loin semble-t-il, il n’ira pas voir si sa fille ne s’est pas perdue elle aussi (ce qui est probable).

Deuxième histoire celle de cette femme qui va retrouver son mari qui est passé d’ouvrier migrant à patron, un peu mafieux sur les bords. Visiblement il a réussi. Il ne refuserait pas de récupérer sa femme mais ne fait rien pour. Et elle repartira. Voilà c’est tout.

Le film est parsemé de symboles signifiants de la "sinité" moderne (les clopes, le thé, l’alcool). C’est beau à voir et ça passe sans vraiment de position, d’histoire à proprement parler. On se contera de regarder les paysages, les images certes hallucinantes de la ville qui s’écroule sous les pioches et les explosifs. Tout cela est un peu creux. Les deux personnages illustrent des contrastes (homme/femme, échec/réussite, ville/campagne). Les symboles sont très visibles et soulignés. Les images sont saisissantes de réalité. Mais le tout est creux.

D’ailleurs on n’apprend rien des deux personnages vraiment. On a aussi du mal de ressentir leur peine. Dans le genre quête de ses enfants et vision de la modernité le film "Voiture de luxe" de Wang Chao (qui se passe à Wuhan) me semble beaucoup plus juste et plus fort. Bref la critique sociale, le regard acerbe et acéré du Jia Zhangke de "Pickpocket" et "Plaisirs inconnus" est bien loin.

Plus long encore, "Palais d’été" (titre chinois de Une jeunesse chinoise de Lou Ye, réalisateur de Suzhou River) est un vrai échec (il s’appelle ainsi car les jeunes se recontrent sur le lac du palais d’hiver). Car au-delà du fait que les acteurs jouent bien, que voit-on ? Des histoires de coucheries assez communes. Le seul personnage un peu construit est cette étudiante, l’ami de l’héroïne, qui semble être une artiste et qui du reste se suicide. Le film se passe en deux temps : un temps chinois et un temps en Allemagne. Le temps des étudiants juste avant et pendant le soulèvement de Mai-Juin à Tiananmen, le temps de la fuite en avant et de l’exil peut-être volontaire (on ne sait pas, le film ne le dit pas). La particularité de l’héroïne est que tous les jeunes du dortoir aimeraient bien se la taper ! Un peu maigre comme description du personnage.

Le film est long mais manque un peu de souffle : on s’ennuie ferme en Allemagne et aucune situation ne semble mériter un tel débordement dans le temps si ce n’est que le réalisateur ne sait pas choisir ses images. Tout cela se veut factuel mais en réalité est d’un ennui mortel. L’évocation de Tiananmen dans "Lan Yu" me semble être autrement plus forte que ce débordement ici présent. Il y a de plus aucun engagement réel.

Bref, ces deux films me donnent l’impression de refléter les dangers du meilleur cinéma chinois : une attention pour la forme sans se préoccuper du récit et une qualité de l’image qui se satisfait à elle-même.


- Ma liste de films "A voir absolument" sur Imdb.
- Ma liste de films "bons, mais..." c-a-d décevants, comme ces deux là (sur Imdb).


[1Il est vrai que Stanley Kwan est un cinéaste de Hong-Kong et je me demande si un cinéaste ’du continent’ aurait pu raconter cette scabreuse histoire d’homosexuel pékinois

[2Et nombre de films comme Shanghai Story (Qing Hong) et Voiture de luxe prouvent que la Chine ne manque pas de cinéaste dans la veine du cinéma réaliste

Messages

  • L’actualité cinématographique n’étant pas mon fort (et ce qui à ma désolation explique mon peu de référence dans la suite de ce message), je ne suis pas allée voir "Palais d’été". Par contre, un de mes mercredis soirs a été occupé à voir Still Life. Et contrairement à toi, je n’en suis pas ressortie déçue. Je trouve que c’est un excellent film, esthétiquement parlant, avec des images saisissantes d’une ville en voie d’engloutissement. C’est également un beau portrait d’une "nature morte", ou plutot comme disent nos amis anglo-saxons d’une trace de vie, celle d’hommes et de femmes qui vivent et travaillent dans ce qui va bientot disparaitre, c’est-à-dire pour rien, travaillant à détruire puisqu’il ne faut plus construire. L’absurdité de leur labeur fait écho aux grands slogans du PCC, sur les murs de l’usine ou à la télévision, qui salue le "sacrifice de la population".

    Un décor profondément réel et ancré dans une vie quotidienne dans lequel s’entremêlent deux histoires sans lien apparent ce qui fait ressortir le chaos. Apparent seulement car ce sont deux histoires de recherches, recherche d’êtres, chers ou pas, recherche en fait du sens de la vie. L’habituel mutitude chinoise (exaspérante à mon goût) qui veut que rien de sentimental ne soit dit n’est pas inexistante ici mais savamment contournée, avec seulement quelques questions qui restent en suspens, comme le "pourquoi avoir attendu seize ans ?" de la femme à son ex-mari qui l’attend depuis des mois.

    Mais surtout ce film m’a semblé plein d’un humour que je n’avais jamais décelé dans d’autres films. En effet, le rire est là dans les scènes du début ou dans le karaoké. Humour également dans les "symboles signifiants de la "sinité" moderne" comme tu dis, petits caractères qui en rappelant les manuels d’écriture, semblent bien ironiques au regard de la complexité des vies qui sont montrées. Humour enfin, mêlé d’une poésie émouvante, dans ce bâtiment absurde qui décolle comme une fusée en arrière-plan, laissant indifférente la femme qui étend son linge. Un linge d’enfants, qui sont d’éternels absents dans ce film (ou simples symboles : la jeune fille qui demande du travail dans le Shanxi ou le petit garçon qui chante des refrains -bien connus, n’est-ce-pas- d’amours pour toujours), mais peut-être pas si absents dans la vie de cette femme car quoi de plus enfantin que cette rêverie absurde et hilarante ? Un humour donc qui traverse tout le film et qui pourtant met mal à l’aise car il semble déplacé ou le devient carrément selon le jeu du montage, comme lorsque le karaoké cède brusquement (et en pleine chanson me semble-t-il) la place au dur travail des mingong.

    En somme, malgré toute la dureté de ce monde qui change à toute vitesse, trop vite pour les ordinateurs eux-mêmes qui tombent en panne, c’est un souffle d’espoir qui domine. Espoir pour ces personnages qui vont soit reconstruire leur vie (la femme s’est trouvé un autre type, surprenant tout le monde, pas si victime que cela finalement), soit la rattraper (l’homme retourne travailler à la mine pour gagner plus et sans doute récupérer sa femme). Espoir pour la chine qui saura bien retomber sur ses pattes, comme ces habitants qui se sont fait guides touristiques des futures-ex-trois gorges. Espoir pour nous de croire qu’il reste une place pour le rêve dans ce monde tout rapide. Et espoir...de voir le prochain Jia Zhangke ?

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