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Fin du CNRS ? (et des autres organismes de recherche)

dimanche 24 juin 2007, par rigas

Est-ce la fin de la recherche ? Des fuites semblent confirmer une vision dominante et idéologique de la science auprès du gouvernement.

(note du 12 octobre : Lire un article plus récent sur le sujet ici)

Le SNCS a publié un communiqué dont voici la teneur :

« Selon des fuites, d’origine ministérielle de haut niveau, le gouvernement aurait décidé de transférer la totalité des chercheurs du CNRS vers les universités. Cette mesure revient à décapiter le CNRS qui deviendrait, comme l’a annoncé Sarkozy dans son programme, une agence de moyens sans personnel chercheur. »

« C’est un coup bas donné à la recherche française dont une grande partie s’est, depuis 60 ans, structurée et développée autour de cet établissement largement reconnu au niveau national et international » ajoute le SNCS.

Effectivement. Mais c’est aussi le produit d’une vision politique qui veut que la recherche se trouve dans les universités et que le mode de financement des projets de recherche se fasse entièrement par soumission à des appels d’offre. Le modèle de référence sont ce qu’on nomme « universités de recherche » aux Etats-Unis et la prégnance des financements de la National Science Foundation.

Cette vision semble confirmée par les récentes décisions à l’IRD où une Agence IRD a été créée et où la Direction Générale pousse à la création rapide d’unités mixtes IRD-universités. Ces unités mixtes de recherche (UMR) existent déjà très largement au CNRS. Ainsi, à terme, une dilution des chercheurs dans les universités semble un objectif possible, même s’il n’est pas avoué.

Symptôme supplémentaire, lors du dernier concours de passage au grade de Directeur de recherche de l’IRD dans la commission des sciences sociales n’ont été retenus que les candidats avec une HDR (Habilitation à diriger des recherches). L’HDR n’est pas un diplôme, mais autorise une personne non-professeur de diriger une thèse de doctorat. Traditionnellement, et statutairement les Directeurs de recherche sont censé pouvoir ditiger des thèses. Leur demander de passer une HDR pour devenir Directeur c’est donc subordonner la position des DR des instituts de recherche à celle des professeurs des universités.

Dans les sciences de la nature les chercheurs des organismes de recherche passent cette HDR assez vite après la thèse afin de se préparer à diriger des thèses de futurs chercheurs sans avoir eux-mêmes à obtenir le titre de directeur de recherche. Cela leur permettra de diriger des travaux d’étudiants sans être Directeurs de recherche. C’est moins courant dans les sciences sociales où l’HDR est plutôt conçu comme un aboutissement de travaux (un peu comme autrefois la thèse d’état).

Ce qui se joue donc est une transformation en profondeur des structures de recherche face à laquelle les divisions parmi les chercheurs quant à la « bonne solution » à adopter est patente. La proposition de réintégrer la recherche au sein des universités est un cache sexe à la réforme des universités.

Faire cadeau aux universités des chercheurs des « Etablissements publics à caractère scientifique » (statut officiel des CNRS, INRA, ISERM, IRD, INNRIA) est largement illusoire. En effet, les universités n’ont ni les moyens ni les structures pour garantir que la recherche se déroule dans de bonnes conditions. En revanche elles disposent de l’autorisation de délivrer des diplômes et donc pour les chercheurs il est essentiel d’en être porche afin d’alimenter le flux de futurs chercheurs. Illusion aussi de prétendre que c’est là une transformation majeure. La recherche française se déroule avant tout dans les unités mixtes de recherche. Le CNER en 2003 disait déjà que « Ces laboratoires mixtes (plus de 1900 alors qu’il n’y a que 200 labos propres aux EPST) installés dans des locaux universitaires, objets de contrats multiples, entre 1’(ou les) université(s) et un (ou des) EPST (ou même avec des EPIC) deviennent les unités fondamentales de la politique de recherche française. Ce fut une adaptation majeure à la structure émiettée d’établissements de recherche, d’universités et d’écoles. » C’est donc bine les difficultés d’organisation et de moyens des universités qui ont porté la création pragmatique des unités mixtes, tout en maintenant les organismes de recherche avec leurs structures de décisions et leur grilles salariales propres.

Illusion aussi de croire que l’on va transformer les universités en France (ou quelque unes d’entre elles) en « universités de recherche » sur le modèle américain. Car le modèle américain est fondé sur le fait que les universités sont privées. C’est pour cette raison que l’état délivre des crédits pour la recherche par voie compétitive à ces universités. La raison d’être de l’université américaine se trouve dans les fondations privées qui les financent. Rien de tel en France ni même en Europe. Certaines universités américaines ont même créé des labos de recherche après les labos de recherche privés. L’histoire est très différente en Europe où le public a précédé très largement le privé, et pour ne parler que des deux plus grands pays européens, c’est vrai aussi bien en Allemagne qu’en France.

Cette rhétorique est donc illusoire et dangereuse et veut cacher le fait que les financements publics ont baissé depuis que la droite est au pouvoir. Même la très impartiale revue Nature l’a montré en publiant un graphique ravageur. Le fait de mettre la recherche dans l’université ne fera qu’accentuer les dégâts.

Une version remaniée et commentée par les lecteurs se trouve sur Agoravox.

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