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Economie en révolution : propositions du MAUSS

mercredi 26 novembre 2008, par rigas

Article rédigé à moitié en Avril 2008 — et oublié dans un tiroir. Je le mets en ligne.

De très nombreuses initiatives et des réflexions nombreuses me font penser que l’économie, en tant que discipline et discours sur la richesse, est en pleine évolution. Je me demande si cela débouchera sur une révolution ou au contraire débouchera sur une consolidation des lignes de fuite actuelles, celles qui font que la crise actuelle est « impensée » (sauf par quelques exceptions, mais je ne vais pas étaler ici mes préférences). Une révolution, cela voudrait dire, en ce cas, un remplacement des références dont ma génération a été abreuvée par de nouvelles références. Ou la recherche d’un autre paradigme.

Ce qui bride cette possible révolution est une hésitation, voire une lutte, entre différentes conceptions de l’alter-économie, sur la nécessaire nouvelle référence. Cette hésitation concerne, à mon avis, avant tout la place respective que doivent occuper l’économie publique, l’action de l’état et l’économie "privée" (privée de quoi au fait ?). Sur la place qu’il faut donner à l’action individuelle, l’initiative isolée et l’action publique. Sur la place que doivent avoir les territoires, ou les agences centralisées. Doit-on favoriser une économie sociale et réserver l’action publique de l’état à cette économie sociale (une sorte de béquille de l’économie marchande capitaliste) ou doit-on favoriser l’action économique directe de l’état et des autorités qui jouissent de l’usage de ce monopole de la violence, de la souveraineté nationale ?

Précurseur de ce débat d’idée Alain Caillé, alors professeur de sociologie à Caen , avec quelques amis universitaires suisse, français (essentiellement à Paris I) et quelques étudiants étrangers turcs, grecs ou autres [1] avait fondé un Mouvement Anti-Utilitariste des Sciences Sociales, le MAUSS), et assez vite un bulletin puis une Revue du MAUSS. Notons tout de même que les deux questions fondamentales, théoriques qui fondent le projet du MAUSS -la place du non-marchand dans l’économie et l’impéralisme du paradigme économiciste- fondent aussi le projet de construction nationale de tout nouvel état. D’où aussi mon intérêt pour ce débat [2]

Ce ne sont pas là des questions purement théoriques où s’opposeraient quelques universitaires en mal d’étudiants. C’est au contraire des questions très fondamentales qui portent sur l’organisation des marchés, l’organisation des liens de sous-traitance entre les entreprises qui dominent un marché et celles qui fournissent des biens "intermédiaires" ou des services (tendance forte des dernières années). Des questions sur les effets de la participation massive des entreprises chinoises et indiennes dans la production mondiale. Des questions essentielles qui ne se limitent absolument pas à la théorie et que certains "révolutionnaires" ne se posent pas, ces derniers rejettant ces questions à des thèmes techniques réformistes. Les alter-mondialistes anti-croissance et "anti-développement" font partie de ces "extrêmistes" (il faut mettre beaucoup de guillemets à ces extrêmistes qui sont tout de même des enseignants universitaires qui prennent l’avion et demeurent dans des appartements parisiens). On se souviendra du magnifique "le développement est un oxymore" de Serge Latouche qui a le mérite d’une certaine beauté poétique et hardiesse linguistique mais ne réponds absolument pas -par choix- aux questions que je viens d’évoquer.

Je viens d’entendre que le président français a également demandé à deux économistes atypiques Amartya Sen et Joseph Stiglitz de réflechir à des manières innovante de mesurer la croissance. Je ne sais pas si leurs travaux seront accessibles, débattus, entendus. Sen, grand chantre de la notion de capacité, espace de liberté nécessaire pour faire des choix, aura-t-il des choses à dire à nos vieilles économies saturées ? Stiglitz ira-t-il plus loin que la critique acerbe de la dépense rendue folle ?

Pendant ce temps des économistes en tout genre, mais plutôt hétérodoxes, s’évertuent à faire rentrer de nouveau le politique dans l’économie. ce fut tout d’abord le gigantesque réseau PEKEA initié par Marc Humbert. Aujourd’hui c’est l’initiative de Alain Caillé pour une économie politique institutionaliste. [3]

— -

J’en profite pour signaler une hilarante critique de la « lugubre science économique » (The Secret Sins of Economics) de Deirde McCloskey publié dans la collection de livre que je viens de découvrir dirigée par l’extraordinaire anthropologue Marshall Sahlins (http://www.prickly-paradigm.com/index.html).

Un autre ouvrage roboratif est ce petit livre de John K. Galbraith, (2004). Les mensonges de l’économie. Paris, Grasset, 96 pp. Il y défend mordicus que la technostructure nous ment ! Il y dénonce l’usage du terme édulcoré « d’économie de marché » utilisé en lieu et place de « capitalisme ». Il y dénonce les méfaits des grandes entreprises. Evidemment partial, le livre exerce un sorte de nettoyage cérébral. Je viens de lire sur Wikipedia [en] que Paul Krugman disait de Galbraith que ce n’était pas un économiste.... Ça me chagrine qu’il ne l’aime pas, mais en même temps c’est compréhensible, Krugman étant une sorte de prototype du prof universitaire américain. Ce n’est pas le cas de Galbraith, homme de politique plus que d’économie, qui a finalement bien décrit le moteur des fameuses Trente Glorieuses : les grandes entreprises. Rappelons que c’est ce modèle que le Japon et la Corée du Nord ont copié, contrairement à Taiwan et la Chine, qui ont procédé autrement. Galbraith a défendu l’idée que ce sont les producteurs qui fabriquent la demande, le marché, pas les consommateurs. Il a aussi défendu l’idée que le keynesianisme est mort par manque d’audace dans la prise en compte de l’inflation : il fallait augmenter les impôts, non les diminuer pensait-il. ce petit livre contient aussi de très nombreuses annotations sur l’usage falsifié du « travail », une spécialité sarkozyste, QUi confond, le travail pénible de l’ouvrier et la caissière et celui de l’intellectuel et du banquier. Il est dommage que ce petit livre n’ait pas reçu plus d’attention.


[1La nuance a son importance, les étudiants étrangers ont ceci de particulier qu’ils trimballent des questions inhabituelles voire incompréhensible pour les français de l’époque comme le nationalisme et la volonté nationale.

[2comme de nombreux jeunes je faisais des études d’économie car j’étais engagé dans l’action politique à cause de la dictature militaire.

[3dont on peut suivre la discussion sur le blog de Paul Jorion.

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