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Pétition : Que justice soit faite pour Constantina Couneva / Konstantina Kouneva

lundi 9 mars 2009, par rigas

Naples n’est pas la seule ville à connaître le privilège des pratiques mafieuses qui exploitent la main d’oeuvre immigrée. En Grèce, récemment, cet évènement incroyable prouve que les esclavagistes agissent au grand jour. Constantina Couneva, ouvrière bulgare en Grèce, a été brûlée au vitriol, « pour l’exemple », car elle a voulu s’opposer à des pratiques injustes.

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Le soir du 22 décembre dernier, Constantina Kouneva a été agressée par deux inconnus qui lui ont brûlé le visage au vitriol et l’ont ensuite forcée à avaler une quantité mortelle de l’acide corrosif. Kouneva est une immigrée bulgare installée en Grèce depuis dix ans qui y est venue afin que son fils, atteint d’une pathologie cardiaque grave, puisse avoir accès aux soins nécessaires. Kouneva travaillait comme agent d’entretien dans une entreprise de sous-traitance qui loue ses travailleurs [OIKO.M.E.T.], dans leur grande majorité des femmes étrangères, aux organismes publics, hôpitaux, RATP, etc.

Les femmes qui assurent ce travail pénible sont obligées, sous la menace de licenciements sans indemnités et de la perte de leur carte de séjour, de travailler dans des conditions moyenâgeuses et avec des salaires de misère largement inférieurs au SMIC. Payées moins d’heures que leur temps de travail réel, souvent non déclarées, assurant des heures supplémentaires non payées, elles vivent sous un vrai régime de terreur sachant que la feuille blanche que leur employeur les avait obligé de signer au moment de leur embauche pouvait se transformer à tout moment en une « lettre de démission volontaire ». Qui plus est, si elles sont licenciées, leur nom figurera sur la « liste noire », ce qui signifie qu’elles ne retrouveront plus jamais du travail dans le même secteur. D’ailleurs, elles n’ont pas à subir que le harcèlement moral systématique mais également le harcèlement sexuel, qui vise plus particulièrement les femmes immigrées qui viennent d’arriver au pays.

Constantina Kouneva et quelques autres se sont opposées à ce régime d’esclavage moderne. Constantina, secrétaire générale du Syndicat de personnel d’entretien et d’aides domestiques de la région d’Attique, recevait des menaces contre sa vie à cause de son activité syndicale et sa mère, qui travaillait dans la même entreprise qu’elle, a été licenciée pour des raisons d’intimidation. Kouneva a continué malgré les menaces de mort à lutter pour le respect de droits élémentaires de ses collègues et à les inciter à faire de même. Étant femme, immigrée et déléguée syndicale active, Kouneva a été « punie » d’une façon ostentatoire pour l’exemple.

Actuellement, elle lutte pour sa survie. Elle a perdu un œil et les médecins s’efforcent de sauver la vision résiduelle de l’autre. Les cordes vocales ont été détruites, l’œsophage et l’estomac irrémédiablement abîmés. Ce crime épouvantable qui relève d’un capitalisme de type mafieux a failli passer inaperçu et n’a défrayé la chronique que grâce à l’insistance et aux témoignages courageux de collègues de Constantina. La police a tout fait pour étouffer l’affaire et il a fallu plusieurs dénonciations et protestations publiques pour forcer les autorités à ouvrir une enquête. Celle-ci a été fermée d’une façon précipitée sans que Kouneva elle-même ait pu donner sa version des faits. L’enquête fut menée d’une façon si bâclée que le procureur de Première Instance l’a retournée en demandant un supplément d’information et notamment la mise en examen à titre de témoin de l’employeur de la syndicaliste. Les avocats de Kouneva dénoncent la tentative de noyer l’affaire en la présentant comme un crime passionnel, ce qui est complètement infondé car aucun élément de la vie privée de la syndicaliste ne permet de l’étayer.

Nous tenons à exprimer notre indignation face au crime abject dont Constantina Kouneva a été la victime ainsi que notre vive inquiétude devant les retards et le manque de zèle avec lesquels la police grecque mène l’enquête. Nous voulons également exprimer notre solidarité à cette syndicaliste hors pair et à ses collègues qui se battent sous les menaces de mort de la part de milieux patronaux. Nous exigeons que l’enquête judiciaire avance rapidement et que les coupables soient jugés et condamnés pour ce crime d’une particulière cruauté. Que toute la lumière soit faite sur cette affaire et que le(s) commanditaire(s), et pas seulement les exécutants, soient traduits devant la justice. Nous dénonçons également la responsabilité des organismes publics et des banques qui, en ayant systématiquement recours à l’externalisation des services, permettent à des entreprises, qui font fi du droit du travail, de prospérer.

Nous nous sentons concernés au plus haut point par le sort de Constantina Kouneva et par celui des ses collègues qui travaillent dans des conditions de servitude moyenâgeuses, car il y va de la société dans laquelle nous voulons vivre. Partout en Europe, il existe de phénomènes analogues, comme l’acharnement policier contre les sans-papiers, qui ne manque pas de se conclure par des morts, comme le régime d’exclusion par rapport au droit du travail dans lequel vivent les intérimaires et les employés loués par leur entreprise, etc. Ce régime d’exclusion interne dans lequel sont condamnés à vivre les travailleurs immigrés, et pas uniquement ceux-ci, suscite notre indignation pour deux raisons fondamentales.

D’une part, nous ne pouvons pas accepter ces méthodes de discrimination qui font exister au sein de notre société deux mondes séparés, un monde pour les citoyens nationaux et un autre pour les étrangers, tous ceux qui vivent dans la précarité, les nouveaux parias. Et d’autre part, nous croyons que ce type de phénomène ne manquera pas d’avoir des répercussions sur l’ensemble de la société, en infusant la peur bien au-delà de ceux qui en sont les victimes directes. Son incidence pourrait se mesurer à la banalisation progressive des pratiques mafieuses dans le monde du travail. Par ailleurs, la terreur exercée à l’encontre des travailleurs immigrés va de pair avec la construction d’une Europe bunker.

Ce qui est en jeu ici est la construction d’une Europe sans ghettos, conçue comme un espace ouvert où nous pourrions vivre ensemble, sous l’exigence du commun.

Nous refusons l’installation de ghettos de travail et de zones de non-droit au sein de notre société. Nous exigeons la suppression du régime de sous-traitance et de location des employés dans des conditions équivalentes à celles de l’esclavage.

JUSTICE POUR CONSTANTINA KOUNEVA ET SES COLLÈGUES

Vicky Skoumbi et Dimitris Vergetis pour la revue grecque Alèthéia

- Adresses de reportages audio et vidéo en anglais
- www.euranet.eu/eng/Media/Audio/English/Solidarity-for-Constantina-Kouneva
- http://www.youtube.com/watch?v=6xy2S4QZJls

- Communiqué du syndicat de Kouneva (PEKOP) traduit par un collectif de jeunes grecs
- Site de Kathimerini, grand quotidien grec qui a publié des dépêches sur cette affaire dans son édition anglaise
- Communiqué de la coordination syndicale et Lettre Ouverte à l’Ambassade de Grèce

SIGNER LA PETITION ICI

MISE À JOUR :

09.04.2009 Un article dans de Paria Petroutsou, & Stamatis Maniatis dans Eleftherotypia est signalé dans Courrier International.

L’affaire Konstantina Kouneva n’est toujours pas ré­glée. Elle prend même des proportions internationales. Cette Bulgare de 44 ans, agent de nettoyage, secrétaire générale de l’Union grecque des employés de nettoyage et des travailleurs domestiques, aspergée de vitriol le 23 décembre dernier, est aujourd’hui soutenue par des milliers de personnes, qui ont signé la pétition d’Amnesty International mise en ligne depuis quelques mois. Tous, habitant les quatre coins du monde, veulent ainsi faire pression sur les autorités grecques pour que justice soit faite. Le 1er mai, ces signatures, qui sont à ce jour près de 10 000, seront transmises au ministre de l’Intérieur, qui devra alors fournir des explications. Cette mobilisation dépassant les frontières intervient parce que les autorités grecques sont accusées de vouloir étouffer l’affaire. En cette nuit du 23 décembre 2008, des inconnus ont jeté de l’acide sur le visage de Kouneva, employée sur la ligne de train qui relie Le Pirée au nord d’Athènes. Ils l’ont aussi contrainte à en avaler. Aujourd’hui, elle est toujours hospitalisée dans un état grave à Athènes, et a perdu l’usage d’un œil. Kouneva est devenue un symbole pour les syndicats grecs, qui voient dans son cas une attaque contre l’action syndicale en général.

[...] la police a bouclé l’enquête en un temps record, avant d’envoyer son rapport à la procureure d’Athènes. Cette dernière, Eleni Raikou, n’a pas tardé à renvoyer le dossier pour complément d’information, ­estimant que les policiers n’avaient pas fait correctement leur travail. La procureure demande entre autres que d’autres témoins oculaires de l’agression soient entendus, ainsi que des collègues de Kouneva. Quant à la déposition de cette dernière, elle se fera certainement par écrit puisque l’état de santé de la victime ne lui permet pas de témoigner oralement. Des proches de Kouneva [son mari et sa mère] mais aussi certains de ses collègues ont également déclaré avoir reçu des menaces. Elle a été agressée peu après la publication de son portrait dans l’édition dominicale d’Eleftherotypia, dans le cadre d’une série du photographe belge Jacky Delorme consacrée aux émigrés en Grèce. Elle y confiait que, en tant que déléguée syndicale, elle se sentait de plus en plus menacée dans ce pays. “Ils m’appelaient pour me dire que, si je continuais à l’ouvrir, ils allaient me trouver et me buter.” Qui étaient ces “ils” ? Elle ne le sait pas. Les enquêteurs non plus, apparemment.

- Interview de Jacky Delorme
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