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Statistiques : Les outils sont-ils responsables ?

mercredi 9 septembre 2009, par rigas

Un peu de méthodo : les outils statistiques sont-ils neutres ? N’y a-t-il pas construction des problèmes en fonction des outils ? Le monde est-il à l’image des outils statistiques (ou serait-ce l’inverse) ? Quelques bonnes questions.

Sur cet excellent blog Quanti / sciences sociales qui traite des méthodologies quantitatives dans les sciences sociales Je lis cet extrait d’une interview de François Dubet sur France Culture :

« Je suis très frappé par le fait que la sophistication des outils statistiques a fortement contribué à détruire cette représentation de la société. Je veux dire que quand vous avez une statistique relativement grossière - il y a des classes sociales, il y a des urbains, il y a des paysans -, le monde est à peu près clair comme dans un manuel de sociologie. Quand vous faites entrer des statistiques de plus en plus sophistiquées, que vous remplacez - c’est un peu technique - la simple corrélation par l’analyse de régression, etc., tout ce monde-là vous explose à la figure, et d’une certaine façon, la sociologie fabrique le miroir dans lequel on va se reconnaître.

Si je prends par exemple le cas de l’école, très longtemps on a pensé que l’école était une machine déterminée par des règles antérieures à elle-même, et qu’elle reproduisait, parce que la statistique au fond disait ça. Et puis quand la statistique scolaire s’est sophistiquée, il est apparu que l’école faisait une grande partie du boulot elle-même, et que d’une certaine manière, les inputs sociaux étaient très largement refabriqués, re-neutralisés, etc. Et on peut même aujourd’hui s’intéresser aux outputs, c’est-à-dire aux effets des inégalités scolaires sur les inégalités sociales, ce qui est un problème que la statistique ne permettait pas véritablement d’envisager [1]. Donc vous avez d’une certaine façon un effet des outil qui a largement contribué à défaire les croyances sur lesquelles la plupart des sociologues raisonnaient. »

Alors, responsables les outils statistiques ?

Je pense c’est que cette façon de voir renvoie dos-à-dos, comme d’habitude, l’explication et l’outil, l’explanans et l’explanandum (comme dirait Jean-Claude Gardin). L’outil rend-t-il de manière neutre les données d’une explication ou bien modifie-t-il l’explication ? La réalité serait-elle modifiée par les outils ? Sont-ils responsables des malheurs de nos chers enfant ?

Nous ne sommes plus dans l’ère de l’innocence bachelardienne et nous savons qu’il n’existe pas d’un côté le savoir et de l’autre la société, d’un côté le monde expliqué et de l’autre le monde sauvage. Or cette façon d’accuser les méthodes de Dubet fait un peu l’impasse à ce sujet (ce n’est qu’une interview à la radio, je sais ; il a dit et écrit des choses autrement plus passionnantes). Peut-être faut-il accepter au sens littéral cette phrase de Dubet sur l’école qui fait le boulot elle-même ; à savoir il y a un travail à produire ces données ; que les acteurs qui s’emparent des outils les modèlent et donc injectent dans les outils statistiques -ou autres- leur questions et leur ressources ; que les statistiques seront partie prenante de l’explication si celle-ci les utilisent. On ne peut donc pas dire que la sophistication en elle-même des outils produit le bordel ambiant !

Par contre, je trouve tout à fait vraie l’idée selon laquelle la sophistication statistique est bien inutile dans de très nombreux cas -opinion non pas essencialiste comme celle que recherche Dubet, mais de bon sens- et qu’on utilise un marteau pour écraser une mouche. Qu’il suffit parfois de bien distinguer le haut du bas, la gauche de la droite, la cohorte A de la cohorte B, ceux nés avant la guerre et ceux nés après la guerre, ceux qui ont fait les Grandes écoles et ceux pas, pour expliquer un gros paquet de choses. Il suffit d’ouvrir une revue d’économie... Mama mia, je vais encore me faire écharper par mes collègues économistes.

Tiens la prochain fois je parlerais d’un livre de méthode et de théorie sociologique REMARQUABLE : La sociologie de l’imprevisible de Michel Grossetti.

Lien :
- La statistique contre la société ?

J’ai été attiré là grâce à un très bon dossier dans la vie des idées : Dossier - Statistiques en société - La vie des idées

Et je conseille la lecture de cet article sur les statistiques, un service public détourné dans La vie des idées à propos du livre Le grand truquage : Comment le gouvernement manipule les statistiques / Lorraine Data - bibliosurf.com. Je me demande si ce n’est pas pseudo....

- Lire : Introduction Aux Methodes Statistiques En Sociologie de Michel Grossetti. Et son excellent livre de théorie : Sociologie De L’Imprevisible.

Dans le prochain numéro de la Revue d’Anthropologie des Connaissances, nous publierons un dossier intitulé : Compter, démontrer, formaliser (Sortie prévue pour fin septembre 2009).

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