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Agences, instituts, mondialisation de la recherche : les "nouvelles" politiques de la recherche

dimanche 27 septembre 2009, par rigas

Cet article propose une réflexion largement fondée sur un travail collectif mené par une équipe de l’IRD dans le cadre d’une recherche sur « Savoirs et développement » -équipe que l’IRD va démanteler au 31 décembre 2009- et des travaux empiriques menés dans le cadre d’un projet l’état de la recherche dans les pays arabes du pourtour de la Méditerranée. Ce projet se déroule avec des équipes de huit pays de la zone méditerranéenne (ESTIME).

Je l’ai rédigé en fin 2007 à partir d’une intervention à l’Ecole polytechnique de Alger sous le titre « Les ruptures des politiques scientifiques : l’exemple de l’Amérique latine ». Mai 2007. Je remercie le CREAD, notamment Mohamed BENGUERNA, pour cette invitation ainsi que le Centre Culturel Français et son directeur Patrick Michel qui ont rendu possible ma venue à Alger. Une partie de cet article a été repris dans l’introduction du dossier que j’ai coordonné avec Philippe Losego dans la Revue d’Anthropologie des Connaissances (Losego et Arvanitis, 2008). Je suis étonné de voir à quel point j’ai décris une situation –imaginée pour penser les pays non-hégémoniques—et qui s’applique presque point pour point à la France d’aujourd’hui, celle de la réforme LRU et du démantèlement des organismes de recherche publics depuis 2007.

Cet article n’a jamais été publié sous cette forme, bien qu’il m’ait servi pour effectuer plusieurs interventions. J’ai affiné un peu l’interprétation depuis mais l’essentiel est là !

Les ruptures des politiques de recherche :
Agences, instituts et mondialisation [1]

Rigas Arvanitis

Résumé

Les interventions de l’Etat dans le domaine de la recherche ont connu des transformations assez profondes. Alors que le modèle d’intervention pratiqué au cours des années soixante-dix et quatre-vingt était entièrement basé sur le soutien des institutions, depuis les années quatre-vingt-dix il est basé sur le soutien des projets. Le passage de l’un à l’autre suppose des modes de financement différents, des institutions différentes et des mécanismes d’évaluation différents. Nous présenterons rapidement les deux modèles évoqués ci-dessus en insistant sur le rôle de l’Etat. Enfin, nous proposerons en conclusion une réflexion plus générale sur les nouvelles formes d’intervention de l’Etat notamment dans le cadre des politiques d’innovation.

MOTS CLES : POLITIQUE DE RECHERCHE ; PAYS NON-HÉGÉMONIQUES ; DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ; MONDIALISATION

INTRODUCTION

Cet article [2] propose une réflexion largement fondée sur un travail collectif mené par une équipe de l’IRD dans le cadre d’une recherche sur « Savoirs et développement » [3] et des travaux empiriques menés dans le cadre d’un projet l’état de la recherche dans les pays arabes du pourtour de la Méditerranée. Ce projet se déroule avec des équipes de huit pays de la zone méditerranéenne. [4]

Notre équipe s’est focalisée sur l’étude de la relation entre la science, le développement technologique et le développement économique et social. Parmi les thèmes que nous avons traités, mentionnons :
les travaux sur les communautés scientifiques
l’analyse des pratiques et des politiques de coopération scientifique
l’évaluation des systèmes de recherche
les relations recherche-production
l’apprentissage technologique et l’innovation dans les entreprises
enfin – c’est notre thème le plus récent - l’insertion sociale de la science.

Brèves remarques sur l’apparition de la recherche

Parler de la recherche dans les pays en développement ne peut pas se faire sans référence à l’histoire politique des pays. Les sciences y sont généralement nées dans un contexte scientifique colonial ou, s’agissant de l’Empire britannique, dans le cadre de ses institutions. La science en Inde a longtemps été marquée par ces choix. Dans les colonies françaises d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne, les centres techniques et centres de recherche servaient avant tout de lieux d’expérimentation et de laboratoires d’une science qui s’élaborait dans la métropole. Les sciences tropicales européennes (médecine tropicale, écologie et sciences des sols tropicaux, entomologie médicale, botanique, etc.) ont longtemps prédominé après la seconde guerre mondiale en raison de ce fort investissement sur les terres des anciennes colonies. Mais c’est en métropole bien plus que dans les colonies qu’elles se développaient. (Bonneuil, 1991 ; Bonneuil et Petitjean, 1996). Les indépendances ont, à cet égard, marqué une rupture profonde, soit du fait de l’abandon des organismes par la métropole et de leur récupération par les autorités nationales, soit de l’arrêt pur et simple de l’activité scientifique dans le pays (rupture qui, toutefois, n’a généralement pas été synchrone avec la déclaration d’indépendance). Le cas de l’Algérie est particulier car c’est le seul pays parmi les colonies françaises où avait été créée une véritable université, à Alger. El Kenz et Waast (1997) notent cependant que la progression des institutions scientifiques françaises sur le sol algérien n’en a pas moins souffert. L’histoire de la difficile mise en place des institutions nationales de recherche et des universités après l’indépendance porte témoignage de ces handicaps.
La raison de ces difficultés à créer après les indépendances des institutions nationales de recherche est due à une trajectoire bien connue des historiens et spécialistes de notre discipline (la sociologie des institutions scientifiques) : celle suivie pour l’élaboration d’une science « nationale ». L’Etat est appelé à la rescousse les scientifiques demandant aux instances nationales de financer la mise en place de véritables institutions de recherche, et d’en assurer les coûts de fonctionnement, infrastructures, formation et salaires d’un nouveau corps de chercheurs. En échange, les chercheurs promettent, en apportant leur savoir, de fournir au pays des solutions à tous ses importants problèmes de développement (santé, agriculture et autres). Ce paradigme d’une science nationale au service du développement a été le modèle dominant des institutions de recherche entre les indépendances et les années quatre-vingt.
Pour que cette greffe de la science sur les nouveaux Etats prenne, il fallait qu’il y ait une institutionnalisation de la recherche. Processus difficile qui tient non pas à la construction de bâtiments et au financement de salaires mais à l’acceptation sociale et politique des institutions chargées de mener des opérations de recherche. Il s’agissait pour les chercheurs d’assurer aux gouvernants que les solutions proposées soutiendraient leur politique sociale et économique, leur projet national. Cette conception a été le fondement des institutions de recherche de l’après-guerre en Europe et aux Etats-Unis.
L’ouvrage qui en éclaire le mieux la nature est celui de Vannevar Bush [5], « Science : The Endless Frontier » [6]. Dans ce texte fondateur Bush explique que l’Etat doit donner les moyens de travailler aux chercheurs dans des institutions qui ne les soumettent pas constamment à la pression de la demande ; mais qu’il doit pouvoir en même temps les mobiliser, leur participation étant alors un choix politique. Cette idée continue de servir de justification à tout projet de création institutionnelle de l’Etat. C’est donc dans la relation politique entre les chercheurs et les gouvernants que se définit la nature de la politique scientifique d’un pays. J’insisterai pour dire qu’il s’agit d’une relation politique et non pas économique, sociale ou culturelle : la politique scientifique est toujours un choix politique, pas une donnée nécessaire impulsée par les besoins de la Nation ou ceux des entreprises.
La vision de Bush (que traduit le titre du rapport) inclue un aspect longtemps inaperçu : entre la science appliquée et la science fondamentale, il n’y a pas de différence de nature, il n’y a qu’une différence d’institutions. [7] La recherche sera appliquée quand elle a lieu dans une institution dont les missions sont orientées vers une application. Elle deviendra fondamentale quand la mission de l’institution n’est autre que de produire du savoir pour la recherche. Cela dit, ce que Bush veut absolument défendre, c’est l’idée que la recherche est toujours nécessaire : même dans le cas de la science « utile » aucun produit ne sort tout fait prêt à l’usage dès sa conception ; aucune idée n’est immédiatement transférable en produit. Il a besoin d’être patiemment mis en forme. D’où la nécessité de consolider les liens entre le monde productif et celui des universités. Mais surtout, le rapport de Bush marque le début de la « science nationale » car, écrit-il, « nous entrons dans une ère où la science a besoin, et mérite, de recevoir l’appui des fonds publics » (il parle des années de l’immédiat après-guerre. Le rapport de Bush a d’ailleurs servi à la création de la National Science Foundation aux Etats-Unis.
Dans les pays en développement, l’institutionnalisation de la recherche s’est faite plus tardivement. Elle a donc profité de la diffusion de ces idées parmi les scientifiques. Ceux-ci, peu nombreux et peu compris, n’ont eu de cesse dans leurs pays d’utiliser les mêmes arguments que Bush avait employé 20 pu 30 ans plus tôt pour convaincre les politiques américains. Mais elle coïncide, avons-nous dit, avec les indépendances. Elle coïncide avec les Trente glorieuses. Elle coïncide avec l’idée que le développement est une affaire nationale. C’est ainsi que naît un paradigme, celui de la science nationale. De plus, en Amérique latine, comme un peu plus tard en Afrique, la recherche a été défendue par une poignée d’universitaires qui ont cherché à ne pas se faire engloutir par la croissance démesurée de leurs universités. Des chercheurs avaient réussi à mettre en place quelques rares institutions et les germes de communautés scientifiques actives. Les années quatre-vingt marqueront la fin de ce paradigme, comme nous le rappellerons un peu plus bas.

Ce que « communauté scientifique » veut dire

En effet, au moment où se consolidaient quelques institutions de recherche en dehors des métropoles, les chercheurs tentaient de maintenir leur indépendance en créant ou en amplifiant des communautés scientifiques (Gaillard, Krishna et Waast, 1997). Tout d’abord rappelons une définition qui peut paraître évidente. Une communauté scientifique est un regroupement de chercheurs au-delà des limites des institutions de recherche. Ce qui fait qu’une communauté scientifique existe ce sont ses frontières disciplinaires. Tout physicien reconnaîtra l’autorité de ses pairs physiciens : c’est la communauté scientifique qui en fournit la justification. Il en va de même de toutes les disciplines des plus « dures » aux plus « molles ».

Depuis Merton on a tendance à donner un sens métaphorique à cette notion de communauté scientifique. [8] Il suffirait alors d’être scientifique (avoir un diplôme) pour appartenir à la communauté scientifique. Or ce n’est pas le cas : on n’y appartient que si vos pairs vous y acceptent. De plus, la communauté scientifique est composée d’un certain nombre d’institutions : organisations professionnelles telles qu’une association ou une corporation ; revues scientifiques dans lesquelles s’appliquent le système de sélection par les pairs (« referees » des articles) ; réunions, congrès, et colloques qui sont autant de lieux de présentation et de circulation de l’information, de mécanismes d’échanges actifs des dernières avancées de la recherche, de discussions autour de modèles, de conceptions et hypothèses de travail. La circulation de l’information est consubstantielle à l’existence de la communauté scientifique. Qui elle-même n’existe que par les liens entre ses membres. Elle n’est en aucun cas le produit des institutions auxquelles ils appartiennent. Ce point est important car il ne faut jamais confondre la communauté scientifique et les institutions de recherche, comme on tend à le faire dans le langage courant. Mais il est aussi évident que sans institutions il n’y a pas de recherche et donc pas de chercheurs et donc pas de communauté scientifique. L’inverse pourrait être aussi vrai : la communauté scientifique pourrait précéder la création des institutions de recherche si, et seulement si, les chercheurs arrivaient à assurer leur financement indépendamment des institutions auxquelles ils appartiennent : c’est d’ailleurs là le rêve du gentleman-savant britannique ou du savant (français ou allemand) financé par de généreux donateurs, particuliers puis gouvernementaux. On conviendra que c’est un statut aujourd’hui difficile à réaliser ne serait-ce que parce que la recherche nécessite des infrastructures qui vont au-delà du cabinet de curiosités. Pourtant les récentes évolutions concernant les maladies comme le SIDA ou la myopathie prouvent qu’il est encore possible de trouver des sources conséquentes de financement en dehors des (ou à côté de) institutions de recherche publiques. [9] A cette différence près, et nous y reviendrons plus bas, que les fonds proviennent des usagers de la recherche et non plus de donateurs désintéressés !

Spécificités des communautés scientifiques dans les pays en développement

Dans la plupart des pays en développement, les communautés scientifiques se sont dotées d’institutions structurantes, académies ou associations, créées sur le modèle de l’American Association for the Advancement of Science, l’AAAS (elle-même héritière de la BAAS britannique) : ce sont entre autres l’AsoVAC au Venezuela et la SBPC au Brésil. Leur particularité a été non seulement de donner une voix à la recherche mais aussi de défendre une profession comme corporation et comme corps citoyen : l’AsoVAC et la SBPC sont nées pendant des dictatures et c’est la lutte pour la démocratisation de leur pays qui les a consolidées. [10] Tout comme leurs modèles, ces communautés scientifiques organisent réunions et congrès à intervalles réguliers et génèrent des publications de revues et articles. Mais, à la différence de ce qui se passe dans les pays riches, les congrès et colloques des pays de la périphérie n’ont pas le plus souvent d’écho international [11] et la diffusion de leurs revues scientifiques institutionnelles, marquées au coin d’une endogamie latente, reste en général assez faible et d’une portée locale. En outre ces communautés scientifiques sont totalement dépendantes de la coopération internationale qui leur est consubstantielle (Gaillard, 1987 ; , 1999 ). C’est même cet aspect particulier, la place qu’occupe la coopération internationale et donc le financement étranger, qui rend différente une communauté scientifique d’un pays en développement d’une communauté scientifique d’un pays « central ». Les chercheurs des pays en développement construisent leurs communautés à travers les liens qu’ils tissent avec des chercheurs étrangers. Leur survie est à ce prix et s’ils savent cultiver cette relation ils peuvent sous certaines conditions devenir maître en partie de cette relation et non plus seulement la subir. Certaines disciplines au Mexique sont nées ainsi et sont devenues dominantes (on peut citer l’exemple de l’Astronomie ou la physico-chimie des matériaux).

LA PROFONDE TRANSFORMATION DE LA RECHERCHE

Comme le dit Hobsbawm, le siècle est né en 1989, à la chute du mur de Berlin. En 1989, et non pas le 11 septembre 2001. Les attentats contre les Twin Towers n’ont pas modifié la donne : ils ont confirmé que nous vivions une ère nouvelle où l’opposition entre les puissances issues du démantèlement des empires ottomans et austro-hongrois n’a plus aucun sens. Nous vivons de plein pied un siècle héritier du démantèlement des empires coloniaux où les Etats et les Nations se sont souvent trouvé en désaccord. Le morcellement de l’espace géopolitique est la preuve de cela. Il n’est donc pas étonnant de remarquer qu’à partir des années quatre-vingt-dix, les conceptions concernant la politique scientifique se sont profondément modifiées.
Avant 1989, la doctrine en cours était le « capacity building » (construction de « capacités » - terme intraduisible qui évoque les compétences institutionnelles), dont l’idée fondatrice consiste à renforcer le développement de compétences qui pourraient ensuite être ré-utilisées par des institutions ou des entreprises dotées des ressources appropriées. Il s’agissait aussi d’évincer les institutions réduites à l’état de coquilles vides. Au centre de l’idée de « capacity building » se trouve la formation, individuelle le plus souvent et, plus rarement, celle de groupes de recherche. La notion de « capacity building » s’est répandue très largement en s’appuyant sur les programmes de financement de la recherche pour le développement qui ont été extrêmement nombreux et parfois en concurrence les uns avec les autres au cours des deux dernières décennies du vingtième siècle (Gaillard, 1999).
Mais, à partir des années quatre-vingt-dix la profonde transformation du contexte sociopolitique mondial allait provoquer une révision radicale des politiques de recherche. Le « capacity building » allait se réduire à l’espace des ONG abandonnant tout le pan de réflexion sur les institutions de recherche publiques. La transformation des politiques d’aide au développement a alors été complètement modifiée. Pour la saisir il faut revenir un instant sur les transformations qui ont marqué l’entrée dans notre nouveau siècle.
Sept Transformations de la recherche

Il est rapidement apparu que ce nouveau contexte sociopolitique allait avoir des conséquences directes sur les activités scientifiques car c’est la « demande de savoir » elle-même qui a alors changé de nature. La connaissance ne peut donc plus être pensée de la même manière qu’au siècle dernier et la place des pays en développement va s’en trouver également bouleversée. Ces changements essentiels des sciences et des techniques et de leur rapport avec la société peuvent, selon moi, se résumer à sept transformations [12] :

Le rapprochement de la technique et de la science la plus fondamentale

Avec la technologie, la science la plus fondamentale entre au plus profond de la matière, de la vie, des éléments et des matériaux. Sciences et technologies sont ainsi devenues des domaines extrêmement proches. Pour le développement des technologies exploitables (commercialement ou non), une connaissance fine de la matière, de la vie, de l’énergie, du temps et des conditions écologiques est de plus en plus nécessaire. Tous les domaines d’apparition récente comme les nouveaux matériaux, les nanotechnologies, l’électronique de haute intégration (circuits imprimés), les nouvelles sources d’énergie, les nouveaux médicaments sont autant de mélanges de science et de techniques. Cela se traduit aussi dans les budgets, les négociations budgétaires, l’organisation des laboratoires.

L’importance de la recherche financée sur fonds privés et le rapprochement des institutions privées et publiques

Ce rapprochement correspond également à une multiplication des organismes porteurs de la recherche financée sur fonds privés. De plus en plus d’entreprises s’engagent dans la R&D. En termes proportionnels, les financements qu’elles apportent ont augmenté. Ce mouvement s’accompagne d’une sorte de repli vers des activités à plus court terme, considérées comme plus rentables. Cela entraîne des effets importants sur les pays en développement dans la mesure où les financements publics ont proportionnellement diminué. Le rôle des entreprises se fait aussi sentir sur les coopérations internationales. [13]
La mise en avant sur la scène politique des problèmes environnementaux

Les problèmes environnementaux occupent désormais le devant de la scène politique où se joue un jeu complexe entre les autorités nationales, les grandes corporations et les ONG actives en ce domaine. Cependant, le développement durable est aussi une sorte de bannière de ralliement des chercheurs, une source de financements internationaux, un nouveau marché des savoirs. La question se pose avec d’autant plus d’acuité dans les pays en développement qu’ils détiennent une part importante de « biens naturels » sur leur territoire (faune et flore) dont le statut de « bien public » fait matière à discussion.

La pression des usagers de la recherche

La pression du public sur les autorités et la recherche est devenue une réalité incontournable. L’usage de la science en public, c’est à dire en dehors des laboratoires, ne se limite plus à l’appel de quelques experts à la barre des tribunaux. Le rôle joué par le public et les malades sur la recherche sur le SIDA ou les myopathies est par exemple spectaculaire. Ou, dans les Etats africains, le rôle plus complexe joué à la fois par les autorités et par les activistes des pays en développement sur l’action des laboratoires pharmaceutiques des grandes multinationales.

Le rôle central joué par les technologies de l’information

Les technologies de l’information jouent un rôle central, ou plus exactement transversal, dans le développement scientifique et technique. Elles sont à la fois des infrastructures matérielles et intellectuelles. [14] Les pays en développement ont été particulièrement frappés par la « fracture numérique » qui a accru de façon notable les inégalités en information. Elles sont devenues même plus profondes que les inégalités matérielles. [15]

La modification de la position des pays en développement dans la mondialisation économique, et les nouvelles relations Nord-Sud.

Les relations « Nord-Sud » ont changé de nature politique depuis la chute du mur de Berlin. L’aide au développement a baissé. Elle s’est aussi réorientée vers les domaines qui intéressent directement les pays riches. Comme l’a écrit Lawrence Busch, en cherchant à comprendre la main-mise des biotechnologies et l’abandon des politiques de promotion de l’agriculture dans les pays en développement : « Le Tiers Monde n’existe plus » (Busch et Gunter, 1996). Du coup les formes d’aide à la coopération scientifique internationale ont été profondément modifiées (lire à ce sujet les travaux de Jacques Gaillard). Parallèlement, la fuite des cerveaux, ou « brain drain », s’est accentuée en dépit de la mise en place de politiques de retour au pays et de connexion des nationaux à l’étranger par les moyens électroniques (Colombie, Afrique du Sud, Mexique, Maroc, Chine, par exemple).

La multiplication des organismes supra-nationaux et des entreprises multinationales dans le financement de la recherche

La mondialisation a démultiplié la présence d’organismes supra-nationaux qui côtoient les entreprises multinationales et qui offrent avec plus ou moins de succès des financements pour la recherche (Banque Mondiale, Union européenne, Agences de développement américaine, canadienne etc…) Parmi ces organismes, les plus emblématiques sont les organismes de recherche agricoles mondiale (dit du CGIAR) issus du succès de la « révolution verte ». Ces organismes redéfinissent ainsi l’espace de la recherche mais aussi celui des négociations concernant le commerce, les médicaments, les produits agricoles, les droits de propriété intellectuelle.

A l’instar des Sept samouraïs, ces sept transformations sont en grande partie des mouvements qui s’opposent à l’ordre précédemment établi par le paradigme de la « science nationale » ; ce sont aussi des modifications qui portent le germe de grandes nouveautés, profondes mais imprévisibles.

Les conséquences de cette évolution

Ces changements vont influer profondément sur les systèmes de recherche.

- Le paradigme de la « science nationale » fondé sur le pacte d’après guerre en faveur de la science fondamentale est mis à mal et remplacé par un nouveau paradigme, fondé cette fois sur le soutien préférentiel aux politiques de développement et d’innovation. Le rôle des entreprises était jusqu’alors peu perçu dans la recherche. Désormais on commence à distinguer deux composantes dans les capacités des entreprises : leur capacité productive mais aussi leur capacité technologique. Et leur place dans le système de recherche se renforce avec la mise en place de programmes ou projets de « recherche technologique de base ».

- Le second ingrédient de ce nouveau paradigme est la place prédominante donnée aux réseaux face aux organismes. L’institutionnalisation - qui pourtant n’était pas achevée dans les pays en développement – passe au second plan.

- Troisième orientation, la priorité accordée aux projets et aux programmes (un programme consistant en une collection de projets) ad hoc et à court terme, liés à un seul objectif.

- Le bras armé de cette nouvelle politique scientifique en quête de financements sera le modèle institutionnel de l’Agence de recherche - organisation qui dispose de ressources essentiellement financières et les distribue pour remplir ses objectifs selon le principe de l’appel d’offres - plutôt que celui de l’Institut, organisation publique qui dispose de ses propres équipes de recherche et de sa structure propre de gestion de ses ressources , et dont les personnels s’engagent plus volontiers sur des programmes à long terme.

POLITIQUES D’INNOVATION : LE NOUVEL OBJET DE LA POLITIQUE

A partir des années quatre-vingt-dix, le discours sur l’innovation et sur l’économie de la connaissance s’impose. Les systèmes nationaux d’innovation se doublent de systèmes régionaux d’innovation et la promotion de l’innovation au sein des entreprises, qui sont partie prenante de ces systèmes, est jugée indispensable à leur survie même.
A la racine de l’innovation se trouve le rattrapage, ou « catching up » technologique. Le modèle de rattrapage des pays du Sud-est asiatique , qui portait justement sur l’apprentissage technologique des entreprises, les chaînes de valeur longues, les relations complexes des clients et des fournisseurs au niveau international et le rôle clé des PME dans des pôles industriels, est éclairant à ce sujet.
Pour éviter de laisser jouer au seul marché un rôle prédominant, car il aurait pour effet d’uniformiser la production, ce sont donc les politiques d’innovation qui peuvent et doivent s’interposer : il s’agit alors, pour la politique technologique, d’accompagner l’innovation au lieu de la précéder.
Il s’agit également d’encourager les « externalités », c’est à dire le regroupement des activités de recherche et des activités économiques qui permettent de renforcer les accords et les coopérations entre des acteurs économiques similaires (pôles, réseaux, incubateurs).

Institutions de recherche versus Communauté scientifique

Les Instituts de recherche, dont le modèle a été inventé en Allemagne pendant le premier Empire (Lenoir, 1997), sont avant tout des organisations publiques de recherche, qui dépendent donc des structures institutionnelles de la fonction publique. Ce sont pour la plupart des institutions nées de missions spécifiques, parfois sectorielles : agriculture, santé, environnement, ou industrie. Mais ce qui définit spécifiquement un Institut de recherche, ce qui lui donne son poids social, c’est sa masse salariale : un atout parfois, parfois un facteur d’inertie en termes humains et budgétaires, mais qui a l’avantage de lui conférer une certaine pérennité.
Ainsi qu’il a déjà été dit plus haut, il ne faut pas confondre Institut de recherche et communauté scientifique : celle-ci n’est en aucun cas le produit des institutions auxquelles ses membres appartiennent. Et cette distinction est essentielle : étroitement liée au concept de profession et de discipline scientifique, la notion de communauté scientifique convient à une autre façon de gérer les ressources que celui pratiqué par l’Institut.
Le modèle de l’Institut s’applique aussi aux universités qui n’ont cependant pas été conçues comme des institutions vouées à la recherche. Elles jouent néanmoins un rôle fondamental dans la mesure où elles sont les lieux de formation des générations futures de chercheurs d’une part, et que d’autre part les chercheurs sont pour l’essentiel des universitaires (Gaillard et Schlemmer,1996).
En Amérique latine, où la création d’Instituts était loin d’être réalisée, le besoin de renforcer la recherche au sein des institutions universitaires s’est exprimé avec une insistance particulière. Diverses modalités ont été mises en place pour y parvenir. Dans un premier temps, au cours des années quatre-vingt, la solution a consisté dans un soutien aux personnes, et plus précisément aux salaires des chercheurs. C’est ce qui a été fait dans le cadre du PPI au Venezuela et du SNI au Mexique. [16] Les personnes capables de présenter des preuves de leur activité de recherche recevaient un sursalaire. Solution d’urgence, qui permit néanmoins de sauver la recherche dans ces pays.
Petit à petit un système plus pertinent d’évaluation de la recherche a été mis en place. Les sursalaires vont se généraliser ce qui entraîne la reconnaissance de la fonction « recherche » au sein des universités, cette fonction étant indépendante des structures d’évaluation de la recherche de chaque université en particulier.
Du coup, pour financer les besoins nouveaux que génère cette fonction « recherche » -appui aux projets et appui aux institutions spécifiques - on va devoir faire appel à de nouvelles sources de financement. Il ne s’agit plus de financer de manière récurrente les Instituts de recherche dans leur ensemble. Ce sont les unités de recherche, les laboratoires, qui vont devoir chacun chercher les ressources nécessaires à leur fonctionnement.

Réseaux et institutions

Réseaux de compétences disciplinaires, réseaux de savoirs constitués, stockés, diffusés sous forme de bases de données, réseaux de communication entre membres des communautés scientifiques, forment désormais une puissante infrastructure informelle du savoir qui reçoit un traitement préférentiel de la part des acteurs de la recherche, aux dépens des institutions.
Les réseaux présentent en effet un certain nombre d’avantages : ce sont des structures souples, développant des projets et programmes ad hoc fixés sur un seul objectif, et auxquelles est attribuée une plus grande efficacité, réelle ou supposée.
Mais dans la mesure où ils sont générés et se diffusent sans organisme directeur, ils présentent également plusieurs inconvénients dont le moindre n’est pas leur absence de légitimité, dans la mesure où ils se mettent en place en fonction des opportunités.
Par ailleurs leur coût, finalement assez élevé, n’est jamais pris en compte, et leur financement manque de transparence.
Les réseaux fonctionnent à l’intérieur d’un modèle d’organisation de la recherche, opposé à celui de l’Institut avec lequel il entre en concurrence :le modèle de l’Agence.
Institut et Agence : Deux modèles d’organisation de la recherche

Avec la profonde modification de la politique des S&T à partir des années quatre-vingt-dix, le rôle de l’Etat s’est vu redéfini. Nul, pas même les ultra-libéraux, ne conteste la nécessité de son intervention. Mais sous quelle forme ? Par quels acteurs ? Un ministère de tutelle ? Un conseil de la recherche ? Des commissions indépendantes ? La notion d’Agence, inspirée par la National Science Foundation – la NSF - va alors s’imposer au centre des appareils politiques et se diffuser très rapidement, concurrençant le modèle institutionnel de l’Institut de recherche, jusqu’alors prédominant dans les pays riches.
Le modèle de l’Agence est assez simple. Il s’agit d’une organisation qui, on l’a vu, dispose de ressources essentiellement financières et les distribue pour remplir ses objectifs selon le principe de l’appel d’offres ou par le biais de financements à des équipes de chercheurs qui ne lui appartiennent pas. Une des principales raisons de la vivacité de l’Agence est qu’elle a imposé l’idée « d’évaluation par les pairs ». Et qu’elle permet une souplesse dont l’Institut est au contraire dépourvu.
Le tableau ci-dessous expose les caractéristiques de ces deux modèles, qui s’opposent point par point.


Tableau 1, Deux modèles d’organisation de la recherche en concurrence : L’Institut et l’Agence

INSTITUT AGENCE
Organisation
Personnel de recherche propre Fond de financement sans personnel
Attribution du budget selon le potentiel interne Attribution de budgets sur appels d’offre
Définition des programmes de recherche
Par les chercheurs / Comités internes, Forte capacité de définition de la direction Par les « donataires », financeurs et gestionnaires du fond
Évaluation
Principalement par des comités mixtes (interne/externe), évaluation individuelle (recrutement ; avancement). Principalement a priori par des comités « externes » de pairs sur des projets
Capacité à engager une communauté scientifique
Faible à moyenne. Dépend de la taille et de la politique de l’institution Moyenne à forte : dépend du montant du fond
Modèle de référence
Une institution publique Le marché

Les « nouvelles » politiques de recherche

Depuis que la science est devenue objet de politiques, le rôle de l’Etat a toujours été triple :
Assurer une fonction de création institutionnelle que l’on a qualifié de « capacity building » dans les années quatre-vingt pour signaler à la fois la création d’un potentiel de compétences (essentiellement formation de « ressources humaines ») et des institutions. [17]
Exercer une action de coordination par une politique cohérente permettant à la fois de garantir la diversité des acteurs et des formes d’organisation et d’en assurer l’efficacité grâce à une répartition judicieuse et rationnelle des (rares) ressources financières : les politiques de S&T sont liées à la définition des moyens qu’il faut dégager pour remplir leur mission et à la mise en cohérence de ces moyens ;
Œuvrer en faveur de l’insertion sociale de la science en créant un contexte général plus favorable à la recherche. Cette fonction a été très largement délaissée, comme si cela allait de soi que la recherche doit être acceptée car la science est toujours un progrès. Dans l’état actuel des choses, la reconnaissance de la recherche par la société est en effet loin d’être acquise. Pire, elle semblerait plutôt être moins connue aujourd’hui qu’elle ne l’était il y à peine vingt ans. Cette reconnaissance est pourtant indispensable pour que les métiers de la recherche, aussi marginaux soient-ils, puissent se développer. Elle est aussi le produit d’un travail permanent des institutions de recherche dans le sens où la recherche convainc que son apport sert aux acteurs de l’ensemble du système de recherche.
Ainsi, faire de la politique en faveur de la recherche est une tâche qui s’est profondément modifiée. Avant 1989, la priorité est donnée aux plans nationaux, au soutien accordé aux institutions publiques nationales. Pour remplir ses objectifs nationaux, la politique de la recherche est coordonnée par une seule structure gouvernementale, que se soit un Conseil national, ou un ministère de tutelle. Le développement de la science est perçu comme au service du progrès de l’humanité, inéluctable, s’imposant par lui-même ; la science assure seule sa propre progression.
Les transformations de fond que nous avons évoquées plus haut vont se charger de briser ce bel équilibre. Elles s’accompagnent de circonstances qui ont agit comme des révélateurs : catastrophe de Bhopal, accident de Seveso, marées noires à répétitions, accident de Tchernobyl, réchauffement climatique, énergie nucléaire (que l’existence de l’URSS permettait si opportunément de légitimer), pandémie du SIDA. Les nouvelles avancées technico-scientifiques sont apparues comme autant chargées de problèmes que de promesses : création de la brebis Dolly, technologies de la procréation, biotechnologie végétales, nanosciences et nanomatériaux. Les professions scientifiques prestigieuses telles physicien, chimiste, biologiste n’attirent plus autant de monde. Force est de constater que le nombre d’étudiants dans les disciplines de S&T a baissé.
Après 1989, les trois mots-clés : « national », « centralisation » et « progrès » sont mis à mal. Le choix se porte désormais sur les plans sectoriels, industriels, agricole….Les institutions qui répondaient à la notion de « capacity building » vont être placées au second plan en application du principe que toute institution nécessaire finit forcément par émerger, que ce soit à l’aide de fonds publics alloués par l’Etat, ou de fonds privés attribués par une entreprise. De sorte qu’en fait de « capacity building » il se réduira de plus en plus à la « gestion des ressources humaines ». Priorité est donnée au régional sous toutes ses formes : pôles compétitifs, système productifs locaux ou « clusters » industriels, politiques régionales et fonds régionaux. La nécessaire coordination devra s’exercer localement. Une priorité impérative se dessine : l’intégration sociale de la recherche et de l’innovation. Cette fonction délaissée jusqu’à présent, et qui s’impose de façon pressante, reste à construire.
Un exemple pour conclure

Une illustration des ruptures profondes qui se sont produites depuis les années quatre-vingt dix dans le domaine de la S&T est donnée par le Mexique.
Pendant la deuxième moitié des années quatre-vingt dix, le gouvernement mexicain a profondément modifié sa politique de science et de technologie. La décentralisation des décisions concernant la recherche s’accompagne d’une revalorisation du rôle attribué aux gouvernements provinciaux. Des fonds structurels combinant les financements de l’Etat central et des gouvernements des provinces sont alors créés. (Fonds mixtes CONACYT-Etats). Une part importante de ces financements est attribuée sous forme d’appels d’offre (78 appels les trois premières années pour un montant total de 738 millions de pesos, plus de 2800 propositions et un taux d’acceptation des projets entre 40 et 35%.

Parallèlement, un ensemble de centres publics de recherche, généralement localisés en province et remplissant des missions techniques thématiques, ciblées sur des industries particulières (chimie, mécanique, électronique) ont été privatisés après avoir été gérés conjointement par le Ministère de l’Education (SEP) et le Conseil national de la recherche (CONACYT). Désormais, leurs revenus dépendent des contrats qu’ils obtiennent auprès d’industriels (Casas et Luna, 1996)
Cependant certaines constantes s’affirment. Les principaux centres de recherche se trouvent dans les universités ; les centres publics non-universitaires étant ceux qui ont le plus souffert de la transformation profonde de leur organisation. Enfin, même s’il convient de souligner une certaine croissance des entreprises, elles restent encore, pour la plupart, peu liées à la recherche.

RÉFÉRENCES

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La dernière intervention que j’ai effectué en me basant sur certaines de ces idées le fut pour le dispositif d’appui aux Jeunes équipes associées à l’IRD a permis de financer plusieurs équipes. Le département DSF a organisé une réflexion à ce sujet. Ci-joint une présentation, téléchargeable ici.

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Politiques de recherche pour le développement : les nouveaux défis

[1Cet article amorce une réflexion … commentaires bienvenus.

[2A partir d’une intervention à l’Ecole polytechnique de Alger sous le titre « Les ruptures des politiques scientifiques : l’exemple de l’Amérique latine ». Mai 2007. Je remercie le CREAD, notamment Mohamed BENGUERNA, pour cette invitation ainsi que le Centre Culturel Français et son directeur Patrick Michel qui ont rendu possible ma venue à Alger. Une partie de cet article a été repris dans l’introduction du dossier que j’ai coordonné avec Philippe Losego dans la Revue d’Anthropologie des Connaissances (Losego et Arvanitis, 2008). Je suis étonné de vois à quel point j’ai décris une situation –imaginée pour penser les pays non-hégémoniques—et qui s’applique presque point pour point à la France d’aujourd’hui, celle de la réforme LRU et du démantèlement des organismes de recherche publics depuis 2007.

[3Voir le site : www.ur105.ird.fr

[4Voir le site : www.estime.ird.fr

[5conseiller de la recherche du gouvernement Roosevelt et ministre de la recherche des Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Bush a aussi imaginé l’internet et fait partie de cette cohorte de brillants chercheurs qui ont pensé à la gestion et la circulation de l’information en tant que partie prenante du travail même des chercheurs (Comme Engelhardt, Nelson, etc…). Lire à ce propos le beau livre de Thierry Bardini (Bardini, 2002).

[7En France, c’est Jean Jacques Salomon qui dès 1970 a défendu cet argument extrêmement fort dans un livre resté célèbre : « Science et Politique » (Salomon, JJ, 1970) . Il est revenu sur ces idées en insistant sur la responsabilité individuelle dans un livre conséquent qui a reçu peu d’écho (Salomon, J-J, 2006).

[8Rappelons que Robert Merton avait défini ce qui devraient être les normes de « l’éthos scientifique » : universalisme, communisme, désintéressement, scepticisme organisé. Ce sont des principes généraux auxquels se devait de répondre la recherche académique (c-a-d universitaire) pour pouvoir survivre dans un milieu socialement hostile à la recherche.

[9Le livre de Callon, Lascoumes et Barthe regorge d’exemples de ce type (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001).

[10(Vessuri, 1982 ; Ruiz Calderón et al., 1992 ; Vessuri, 1992 ; Botelho et Schwartzman, 1997 ; Krishna, 1997 ; Shinn, Spaapen et Krishna, 1997 ; Vessuri, 1997)

[11Sauf exceptions comme par exemple la catalyse en Amérique latine (Vessuri et Canino, 2002)

[12Développées avec plus de détail dans Arvanitis R. (2003). « Science and technology policy », in UNESCO (éd.) (2003). Knowledge for Sustainable Development - An Insight into the Encyclopedia of Life Support Systems (Volume 3), Paris, France, Oxford, UK : UNESCO Publishing / Eolss Publishers., p. 811-848. Existe aussi on-line sur le site de l’auteur (http://rigas.ouvaton.org/) et sur www.eolss.net Pour un autre exposé global de ces évolution on peut lire évidemment l’ouvrage de Dominique Pestre (Pestre, 2003).

[13voir à ce sujet nos travaux sur les associations stratégiques de développement technologique (Arvanitis et Vonortas, 2000), ainsi que les rapports de l’OCDE à ce sujet, notamment celui de 1992 : « La Technologie et l’Economie. Les relations déterminantes ».

[14Sur la notion d’infrastructure lire l’article de Geoff Bowker (Bowker, 2001).

[15Cf. le rapport de la Banque Mondiale (1999) sur « Le savoir au service du développement ». La revue TIC&Développement aborde ce thème de manière continue. On peut y lire un excellent état des lieux dans les pays Arabes (Bennani et Mrabet, 2005).

[16PPI : Programa de promoción al Investigador (Venezuela) ; SNI : Sistema Nacional de Investogación (Mexique).

[17Le terme provient des politiques d’appui et d’aide au développement. Sa généalogie reste à faire. Disons qu’il est aujourd’hui réservé aux ONG plus qu’aux institutions de l’état. Entre son apparition dans les années 80 et maintenant beaucoup d’eau à coulé sous les ponts….

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