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La crise en Grèce n’est-elle pas la crise de l’Europe ?

mardi 13 avril 2010, par rigas

Où je me pose cette question sur la Grèce. Publié sous forme de commentaire sur le site Eco89

La question posée par un lecteur de Rue89/Eco89 :

Que se passerait-il à l’échelle nationale et internationale si un pays (comme la Grèce par exemple) faisait faillite ?

Ma réponse que je reproduis ci-dessous avec quelques modfs :

Mais cela a déjà eu lieu !

La crise Grecque a un précédent célèbre : l’Argentine en 2001. L’Argentine a été déclarée en faillite. L’économie de récession a durablement commencé. Les classes moyennes ont disparu. Les pauvres se sont retrouvés plus pauvres encore. Seuls s’en sortent les exportateurs agro, la base agricole traditionnelle, exportatrice de grains, celle qui a donné naissance du géant Bunge & Born (aujourd’hui Bunge, multinationale basée aux... Bahamas). Le FMI n’y pas fait grand chose (de mémoire, je ne me souviens plus très bien de l’issue financière). Cela s’est traduit par une dévaluation de la monnaie, une inflation énorme). Deux ans plus tard, grâce à un rebond des exportations (de grains ! de soja OGM !) des taux de croissance records, la situation s’est améliorée. Le gouvernement Kirchner a toujours cette épine dans le pied : le paiement des intérêts de la dette. Mais sa politique a été plutôt celle d’un pays néokeynesien (toute choses interdites par les accords de Maastricht et Lisbonne en Europe). L’Argentine a inauguré l’économie de récession selon Paul Krugman.

Si on pense que l’Argentine est un mauvais exemple (ce que je ne pense pas, bien au contraire), il y a deux autres exemples très récents : l’Islande (la dette a même atteint 800% de son PIB !) et la Hongrie. La Hongrie a été sauvée par le FMI. L’Islande a été sauvée par la Russie. [1]

Ces quelques exemples sont trois réponses. Quelles en sont les conséquences ? Que va-t-il se passer en Grèce ? Celui qui prétend savoir est un menteur.

Il faut commencer par rétablir les flux financiers, les réguler, avoir aussi le courage de stopper l’hémorragie de capitaux à l’étranger (vieille habitude des riches grecs, on appelait cela le comportement d’une société "comprador" du nom de ces intermédiaires chinois qui travaillaient à la fin du 19ème pour les grands investisseurs anglais, allemands ou français en Chine). Kostis Moschoff (ΚΩΣΤΗΣ ΜΟΣΚΩΦ)-grand historien grec devenu poète- ou encore Angelos Elefantis disait que la Grèce était toute entière une société comprador. L’Europe a permis une parenthèse longue depuis son entrée dans la CEE et sa crise actuelle. Elle a restructuré non seulement son économie mais aussi ses infrastructures : hôpitaux, écoles, routes, électricité. Elle a créé de la richesse, quelques belles entreprises, mais elle demeure une société comprador, car aucun investisseur grec n’a totalement confiance en l’état.

Et pour cause. La crise a été déclarée quelques jours après la chute du gouvernement le plus pourri et corrompu que ce pays n’a jamais connu, le gouvernement de Karamanlis —le neveu de celui qui avait repris le flambeau après la chute des colonels en 74. Karamanlis Jr. a non seulement été un mauvais gouvernant : il a été un gouvernant pourri ; il a fomenté la corruption ; il a déclaré qu’il prenait toute la responsabilité du plus grand cas de corruption jamais connu (celui dit de la vente de terrains donnés par l’état à l’église et revendus par l’église à des tarifs exhorbitants avec la complicité de ministres et d’hommes d’affaire -et de l’église).

Mais au fond, ce gouvernement pourri ne faisait qu’appliquer la recette déclarée comme valable par les organisations internationales, par Greenspan, la recette des "sub-primes" : plus de crédit, plus de risques (incalculables !),et tout cela financé par la hausse excessive des prix des terrains et de l’immobilier. Les agences de notation ont sagement attendu que le gouvernement perde les élections, Georges Papandreou ayant gagné avec des % records dans l’histoire électorale du pays. Et les banques, les financiers, je veux dire les grecs financiers et banquiers, pas le FMI ou les allemands, ont eu peur et on déclenché la crise financière -pour mettre à genoux le gvt, récupérer leur fric et se tirer. Cette crise était là : il suffisait juste de renchérir la dette, en augmentant les taux d’intérêt. Le dévalorisation des obligations émises sur la dette a été massive, la dette est devenue impayable. Les fuites de capitaux abyssales.

Il n’y a pas 36 solutions pour refinancer la dette, juste trois : l’inflation, la dévaluation, le refinancement. Et ce dernier est la seule solution autorisée dans le cas d’un pays de la zone euro. (voir mon commentaire à ce propos [2] ). Toute la question est donc par qui ? le FMI, la BCE ? L’Europe ? Les banques ? Suisses ? Allemandes ? ou d’autres riches "donataires" qui n’attendent que cela (même pas besoin de la théorie du complot, lisez a suite)

Par qui ? cette question sera répondue quand on saura en échange de quoi ? Si on a des taux de croissance faible, personne ne voudra financer cette satanée dette. La Grèce n’a pas des banques solides comme l’Espagne (pour parler d’un autre pays qui est souvent mentionné, à tort, car il n’a pas de crise financière, il a une crise structurelle —pas assez d’emploi manufacturier et industriel, trop d’investissement immobilier, pourri et mafieux). La Grèce n’est pas un gros pays exportateur. Sa principale industrie c’est le tourisme et sa marine marchande. Le tourisme paie moins bien en situation de crise et il est une activité extrêmement vulnérable aux conditions politiques et économiques mondiales —lors de la guerre en Iraq la situation du tourisme en Grèce a été catastrophique. La marine marchande, la plus grande flotte du monde, ne paie aucun impôt ou si peu au regard de ses bénéfices. Aucun état au monde n’a jamais réussi à obliger les armateurs de leur pays à payer des impôts (les français l’on fait avec comme effet la disparition de sa marine marchande). Par contre ils sont "philanthropes" et créent des fondations et des activités diverses. Malgré cela la marine marchande est une entrée en devises importante et permet d’équilibrer en partie la balance des paiements. Et puis... rien. Petite industrie, agriculture subventionnée, ... le pays n’a pas bcp de ressources ni de marges de manoeuvres.

Là dessus s’ajoute la défiance vis-à-vis de l’état (un sport national, propre d’une économie comprador). Il existe aussi des solutions moins élégantes à la crise : la maffia de l’immobilier, celle des trafics en tout genre (des hommes et surtout des femmes, mais aussi de la contrebande, de l’immigration semi-clandestine pour des donneurs d’ordre internationaux. Naples et sa région est un bel exemple. Tout cela existe aussi en Grèce : il suffit de se promener dans le quartier du marché central pour voir toute cette économie de la contrebande qui côtoie les magnifiques cafés et restaurants aux mets délicieux.

Si on est plutôt optimiste -le peuple a montré historiquement qu’il l’était et cela malgré l’injure que lui font ses propres élites- il existe une issue possible entièrement contenue dans un accord tacite : on ne dira rien des autres, des étrangers, des allemands péremptoires, des européens hautains (les grecs ont été blessés profondément par l’attitude des négociateurs européens), on supportera a récession, mai son demandera à l’état de financer juste ce qu’il faut les emplois les plus stables, les petites retraites pour vivre de cette économie parallèle —pas nécesairement mafieuse— la seule qui finalement permet de survivre en période de récession. Et de respecter un minimum de justice sociale car c’est là que se joue au fond la cohésion sociale moderne. SInon se sera la religion qui fera de nouveau ce rôle ; mais la récession est là, et elle va durer !

La réponse à la question initiale est donc loin d’être donnée d’avance.


[1Lire le court et éclairant chapitre sur la crise de l’hyperfaillite de Pigasse, M. et Finchelstein, G. (2009). Le Monde d’après, une crise sans précédent. Paris : Plon.

[230 milliards maintenant, c’est trop peu, trop tard.
Encore un effort si on ne veut pas que la zone euros soit le tombeau de l’Europe. Car un état en faillite n’a aucun autre moyen de se refinancer qu’en recourant aux marchés financiers s’il n’y a pas de possibilité de dévaluation ou d’inflation (ces deux dernières solutions sont impossibles pour la zone Euro). Ne reste donc QUE l’aide au refinancement de la dette. C’est ainsi ! Alors, encore un effort et même Mme Merkel devrait comprendre cela. Ou alors, ce qui est recherché est de virer la Grèce de l’Euro et de l’UE. Dans un grand élan solidaire. L’Allemagne paie l’intérêt de sa dette autour de 2% et la Grèce au dessus 7%. Cercle vicieux : plus lourd est le poids de la dette, plus mauvaise l’appréciation ds marchés financiers, donc plus élevés les tx d’intérêt. L’Europe fait encore preuve non seulement de manque de solidarité mais surtout de manque de capacité de projection dans le futur.
On n’est pas sorti de l’auberge ! Publié
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