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Le rapport mondial sur les sciences sociales en 2010 (ISSC-UNESCO) / World Social Science Report 2010

samedi 26 juin 2010, par rigas

L’Unesco et l’association mondiale des sciences sociales vient de publier le rapport mondial sur les sciences sociales en 2010. Un rapport révolutionnaire par rapport au ronron habituel de ce genre de publications.

Pour l’instant uniquement en anglais [1] , ce Rapport propose d’examiner non pas l’état des réflexions sur le monde de quelque expert accrédité, mais les conditions de production des savoirs sur la société.

On peut y lire des travaux sur la géographie institutionnelle des sciences sociales, (en Amérique du Nord, Amérique latine et Caraïbes, Asie, Pays Arabes, Afrique Sub-Saharienne, Chine, Europe, Russie et ancienne URSS, Pacifique), sur les territoires des disciplines et les variations régionales, les classements de universités et les effets des structures d’évaluation sur la science sociale, l’impact des modes de financement, la relation entre sciences sociales et politiques, le rôle des "think tanks", agences et ONG, entre autres. On y lit beaucoup de travaux sur la bibliométrie et ses limites, de même qu’une véritable réflexion sur le lien entre les choix thématiques et les formes du travail. On y trouve un effort de quantification de la recherche en science sociale.

C’est là une véritable révolution par rapport au dernier rapport (1999) qui comme souvent ces documents "mondiaux" était une resucée très convenue et consensuelle de grandes généralités. Bien sûr il y a quelques stars qui écrivent des articles là-dedans -et ce ne sont pas là les articles les plus intéressants, désolé pour le stars ! Mais quelques obscurs inconnus (dont moi !) [2] écrivent aussi là-dedans sur la base d’un véritable travail empirique sur les données. Rien que pour le catalogue raisonné des références et des informations sur les revues et organisations des sciences sociales, ce rapport vaut le détour.

Cet effort réflexif est exceptionnel et encourageant. Il ouvre la piste pour cette réflexion sur le lien très étroit -malgré nos cris d’orfraies- entre la politique (fric, institutions, organisation, évaluation) et le contenu de nos travaux.

Il n’y a pas une seule science sociale, mais plusieurs sciences sociales et la coupure n’est pas uniquement disciplinaire ou Nord/Sud. Evidemment, on n’apprendra rien en disant que les articles montrent plutôt un rééquilibrage entre centres et périphéries, mais on voit dans le détails qu’il n’y a pas un centre mais "des centres", plus nombreux que ne le laisse supposer notre propre rhétorique sur notre savoir "social" ; qu’il y a une variété moins importante que prévue de "périphéries" (en tout cas aussi nombreuses que les centres), que les liens historiques (et coloniaux) ne sont pas les seuls qui persistent, et bien d’autres choses encore.

Toutes les disparités sont extrêmement persistantes ; rien d’étonnant ? Si, justement, on a toujours prôné le métissage, les rapprochements, la multidisciplinarité. Or le brain drain est persistant, l’emploi des diplômés continue à être particulièrement précaire, alors même que la mondialisation nous incite à plus de travaux, que la population de "chercheurs" en sciences sociales augmente, que la demande en expertise sociale augmente, que les sources de financement sont beaucoup plus abondantes et diversifiées.

On a aussi beaucoup prôné la fin de la nation et le mulitculturalisme ; le principal obstacle à tout cela semble bien la disparité des situations. Une nation est d’autant plus "nationale" qu’elle est forte et qu’elle n’est pas soumise aux aléas des échanges mondiaux. C’est aussi vrai de sa population d’enseignants et chercheurs en science sociales. Pas plus qu’on n’assiste à une homogénéisation des thématiques si ce n’est sous l’effet des donneurs d’ordres, un ensemble d’acteurs bien plus importants aujourd’hui où les guichets se multiplient et l’injonction à chercher de l’argent là où il se trouve est plus forte que jamais.

- Le rapport complet en PDF
- Le résumé exécutif en PDF

— - MAJ : voir colloque sur la globalisation des sciences sociales (septembre 2010)


[1A commander sur www.unesco.org/publishing

[2- Roland Waast, Rigas Arvanitis et Abdel Hakim Al Husban (2010). Social sciences in the Arab World. World Social Science Report. Paris, UNESCO, 68-72.

PDF - 423.3 ko
Arvanitis, Waast & Al Husban

- Roland Waast, Rigas Arvanitis, Claire Richard-Waast et Pier Luigi Rossi (2010). What do social sciences in North African countries focus on ? World Social Sciences Report. Paris, UNESCO, 176-180.

PDF - 448.4 ko
Waast, Arvanitis, Richard-Waast & Rossi

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