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Mohamed Bouazizi

dimanche 16 janvier 2011, par rigas

MAJ le 20/05/2011

Le nom de ce jeune homme qui s’est immolé par le feu pour protester est bien le plus fort symbole de la révolution tunisienne.

Son enterrement (youtube) ne laissait peut-être pas présager la trainée de poudre. Mais la vitesse avec laquelle les évènements se sont déroulés est à la mesure du ras-le-bol permanent.

Honte au gouvernement français qui n’a rien dit, rien compris, rien voulu annoncer.

Yalla , les Tunisiens ! Vous êtes en train de vous laver de l’affront permanent qui a été fait en votre nom par un dictateur corrompu.


Un article d’opinion intéressant dans le NouvelObs :

Qu’est-ce qui a été refusé à Bouazizi, héros et martyr ? Pas seulement du travail, mais un peu de bienveillance, d’attention, de reconnaissance. Pire, il a été maltraité, humilié. Une employée l’a même giflé. Bouazizi, cruellement mortifié, s’est contenu contre l’offense, mais il n’a pu s’empêcher de tourner contre lui-même la violence qu’il a épargnée à ses offenseurs. Comment ceux qui administrent les plus démunis de leurs concitoyens, peuvent-ils encore prendre des licences que la morgue coloniale elle-même aurait officiellement réprouvées ? D’où tiennent-ils leur impunité ?

Les diplômes de Bouazizi

Mise à jour le 20/5/2011

Une controverse a peuplé quelques lignes des médias sur les diplômes du jeune Mohamed Bouazizi. Est-il ou pas un jeune diplômé chômeur -ou plutôt sous-empoyé ? Les éléments de preuve semblent montrer qu’il n’est pas diplômé, contrairement à ce que se sont acharné à répandre les médias. [1]

Je préfère cela pour deux raisons qui concernent les ressorts de ces révolutions : la faim et la dignité.

Tout d’abord, le déclenchement des révolutions arabes ne sont pas le fait des classes moyennes, moyennement aisées, mais qui s’en sortent plutôt bien même économiquement. Malgré une croissance inégale, la sort de la population dans les couche de revenus intermédiaires est plutôt moins mauvais qu’avant.... qu’avant quoi au fait. l’ouverture économique ? la mise ne place de mesures économiques "libérales" ? La révolution en Tunisie et Egypte a été amorcée par des classes pauvres et qui ont une claire conscience de leur écart par rapport aux centres de pouvoir économique et social. Après seulement a-ton vu les classes moyennes descendre place Tahrir. Après seulement les a-t-on vu à Tunis sur l’avenue Bourguiba. On ne les voit pas encore dans la rue à Damas, Alep ou Lattakieh en Syrie. Les classes moyennes sont structurellement unies à ces régimes autoritaires et tirent un énorme profit économique des politiques d’ouverture sous contrôle politique. Par contre, autour des gouvernants corrompus, les bandes de filous qui rôdent autour du pouvoir et se font passer pour hommes d’affaires alors qu’ils ne sont que de vulgaires bandits (comme l’incroyable famille de l’épouse Ben Ali, ou le patron de la compagnie des téléphones en Syrie) profitant de la position de pouvoir des membres de leur famille, ces gens étouffent le jeu économique. On peut donc parfaitement interpréter la descente dans la rue des classes moyennes comme ce "Kefraya", "ça suffit", sous-entendu "nous aussi on veut notre part de cet enrichissement provoqué par les nouvelles politiques économiques qui ouvrent l’économie au secteur privé". En gros, mon sentiment est que les classes moyennes ressentent plus durement la confiscation de la privatisation de l’économie que les classes pauvres. Mais que par contre ni eux, ni les plus riches des riches n’ont pensé que les pauvres peuvent avoir faim ! Bouazizi vient de là, il a le ventre creux.

La seconde raison est que Bouazizi est remarquable par sa revendication de la dignité. Je pense que c’est cela qui l’a fait passer à l’acte, la faim + la dignité bafouée. Or je ne vois pas pourquoi cette dignité bafouée serait réservée aux "diplômés chômeurs". Non pas que ceux-ci ne méritent pas d’être traités dignement, mais le besoin de dignité me semble un véritable ferment révolutionnaire et surtout un ferment populaire : on se sent d’autant plus indignement traité qu’on est bas dans l’échelle sociale, car une tripotée de gens soit-disant au-dessus de vous, vous traitent avec mépris.

Cela dit, avec ou sans diplômes, Bouazizi est un martyr qui mérite notre entier respect !


[1J eme repose sur des déclarations de la famille à des journalistes qui ont été publiées au moins par le NYT et le Herald Tribune. C’est Roger Cohen dans un petit article intitulé "The Arab Gyre" qui le soulignait, NYT du 26 avril 2011.

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