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Interview d’un économiste de la Nouvelle Gauche

vendredi 5 mars 2004

Pierre Haski a réalisé une interview de Han Deqiang, économiste de la « nouvelle gauche ».

Extraits

"Agé de 37 ans, Han Deqiang est un économiste de la « nouvelle gauche » chinoise, qui met en garde contre les dérives de la mondialisation. Professeur à l’université de l’aéronautique de Pékin, auteur d’un livre anti-OMC, il est l’un des rares intellectuels à s’exprimer publiquement contre la politique économique du Parti communiste chinois (PCC).

Quelle est l’importance de cette réforme constitutionnelle ?

La Chine prônait auparavant la propriété publique totale, donc la question de la propriété privée est sensible. Mais, dans les faits, nous ne sommes plus un pays de propriété collective depuis longtemps. Nous avons un système mixte. Nous avons toujours beaucoup d’entreprises publiques, mais elles sont gérées par des cadres politiques ou des bureaucrates, ce qui n’est finalement pas mieux que le privé. Ils ne servent plus les intérêts du peuple.

La « nouvelle gauche » est bien silencieuse sur ce point...

J’ai reconnu depuis longtemps que la gauche avait échoué en Chine : nous sommes au fond de la vallée... Il y a deux courants : celui de la vieille gauche qui nie les vingt ans de réforme et d’ouverture ; et celui, dont je suis, qui estime qu’on ne peut pas nier le processus de privatisation et se prononce pour un contrôle social de l’économie de marché. Je suis pour la protection des biens privés, mais, si on lâche prise au privé, la société éclatera. On peut appeler cela un programme social-démocrate : si on y arrive, ce sera un grand progrès pour la Chine.

Le texte de la Constitution conserve à la fois la référence au marxisme-léninisme et protège les biens privés. Pourquoi cette contradiction ?

Le gouvernement ne veut pas reconnaître le virage. Le PCC reste ancré à gauche par son nom, mais il fait des choses qu’un parti de droite ne pourrait même pas faire. Il va dans le sens contraire de la voie tracée.

L’entrée des entrepreneurs privés dans le PCC en change-t-il la nature ?

La nature du Parti a changé. Les ouvriers et paysans, qui constituaient autrefois la base du Parti, ont été remplacés par les trois élites : politique, capitaliste et intellectuelle. Les ouvriers et paysans le comprennent bien, mais aucune force politique ne les représente.

L’entrée de la Chine dans la mondialisation pèse-t-elle sur ces débats ?

La Chine fait partie de ce monde, mais tout dépend de la manière de traiter avec le monde. Le fait-elle avec dignité, ou se conduit-elle en mendiant ? Actuellement, à mes yeux, elle n’est pas digne. Nous sommes dans ce monde comme un travailleur immigré, nous n’existons qu’en marge, comme un pays exploité. L’entrée de la Chine dans l’OMC a été une mauvaise chose : les seuls bénéficiaires en sont les multinationales. Cela génère la corruption. Il nous faut un certain protectionnisme ou ce qu’on appelle chez vous le colbertisme...

On ne sent pas un fort courant altermondialiste en Chine...

En Chine, les opinions opposées ne sont pas faciles à entendre. Je fais partie des intellectuels opposés à la globalisation, avec toute la nouvelle gauche. Les ouvriers et les paysans sont, eux aussi, opposés mais ils ne peuvent pas s’exprimer. Même les responsables des entreprises publiques et des cadres du ministère du Commerce y sont opposés, mais ils n’ont pas de moyen de le dire. Ils sont sous pression des hauts dirigeants.

© Libération

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