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Grèce : la disparition d’un état-nation

vendredi 2 mars 2012, par rigas

MAJ le 6/3/2012 après de multiples échanges avec mes lecteurs.

Que se passe-t-il en Grèce ? Rien que ce qui était prévu : l’appauvrissement des citoyens grecs, le dépouillement de toute dignité à l’Etat, une lente chute vers le passé, quand le pays se caractérisait uniquement par ses touristes, la pauvreté (« l’âge de l’innocence ») et l’émigration ( xenitia en grec, grand thème musical des chansons populaires). On va renouer avec notre passé oriental, de petit pays pauvre.

L’application du programme néo-libéral dans son détail : réduction de la sécurité sociale, des pensions (déjà pas très grosses), la "flexibilisation de l’emploi", la réduction des salaires dans le secteur privé et application de cette mesure avec RETROACTIVITE (incroyable mais vrai !), (c’est écrit dans le fameux deuxième memorandum PDF en grec)

Papandréou a été accusé d’irresponsabilité : en fait, il avait réagi comme un « indigné » ! Il demandait de la démocratie, un référendum... Dommage qu’il l’ait fait à contre-temps. Dommage qu’il ait été copain de ce monstre de Strauss-Kahn, le loup dans la bergerie ! Avant même de poser quelques conditions à l’Europe, il a commencé par négocier en douce probablement car il croyait, lui aussi, que Strauss-Kahn était .... socialiste.

Son successeur, Papadimos, en bon fils à papa du "Collège Américain" et en digne représentant de Goldman Sachs, ancien de la BCE (principale responsable de l’autorisation de la dette grecque, notamment sous le gouvernement de Karamanlis, comme semble l’oublier tous les commentateurs... Merci M Trichet !) a fait adopter les accords qui satisfont avant tout les créanciers de la Grèce. Pire : des accords qui ne prévoient que de devoir payer les créanciers qui pourraient saisir des biens en cas de défaut de paiement. L’Acropole pour des dettes illégitimes. Magnifique accord qui marque non seulement la fin de la souveraineté, mais aussi de l’état tout court.

Pour attiser la haine, les responsables allemands disent des choses ordurières. Des contre-verités historiques. Parlent de vendre des îles. Que tous ces tarés à Berlin paient LEURS dettes à la Grèce !

De temps à autres quelques rares bonnes analyses, comme celle de Gabriel Colletis, qui ne sont pas entièrement issues des journalistes vendus à la cause des banquiers et de la BCE. [1] Beaucoup de messages de solidarité aussi dont celui, magnifique, de Raoul Vaneigem et Yannis Youlountas dans le Monde du 20 Fév 2012. [2]

Oui, l’Europe de la finance a voulu faire un exemple. Mais, dans sa hargne à frapper le pays qui lui semblait le plus faible dans la zone euro, dans sa violence démesurée, son masque est tombé. C’est maintenant, plus que jamais, le moment de montrer du doigt à tous son vrai visage : celui du totalitarisme. Car il s’agit bien de cela. Et il n’y a qu’une seule réponse au totalitarisme : la lutte, tenace et sans concession, jusqu’au combat, s’il le faut, puisque l’existence même est en jeu. Nous avons un monde, une vie, des valeurs à défendre. Partout dans les rues, ce sont nos frères, nos sœurs, nos enfants, nos parents qui sont frappés sous nos yeux, même éloignés. Nous avons faim, froid, mal avec eux. Tous les coups qui sont portés nous blessent également. Chaque enfant grec qui s’évanouit dans sa cour d’école nous appelle à l’indignation et à la révolte. Pour les Grecs, l’heure est venue de dire non, et, pour nous tous, de les soutenir.

Il est pénible de voir tout le monde sucer sa sucette sans réfléchir et de s’extasier des 100 milliards d’euros d’effacement de dettes. Mais c’est le contraire : ils devraient s’extasier d’avoir gagné SANS RIEN FAIRE d’autre que de laisser Madame Merkel crier au loup, pour que montent les taux d’intérêts. La "dette" de 260 milliards d’euros ce n’est pas de l’endettement de l’état grec ou du peuple grec. Ce sont les intérêts que fixent les banquiers et les investisseurs institutionnels, avec l’adoubement de la BCE. Au fait, à la BCE c’est un comité opaque et inconnu du public qui s’occupe de cela et dans ce comité ils y a ... les banques. [3] Collusion et corruption : c’est au sommet de l’Europe qu’elle se trouve.

C’est étonnant à quel point les commentateurs, ravis de l’accord passé avec la Grèce, oublient les "fondamentaux" à savoir que la dette extérieure n’est pas soluble par de la récession, car la cause de la dette ne sont pas les dépenses de l’état ou la folie consommatrice, mais l’émission a gogo de bons représentant de la dette pour payer les prébendes du système politique (acheter des voix, se financer soi-même, etc.). Processus qui fut couvert par intérêt politique par M. Barroso et ses partisans au PP, dont faisait partie Karamanlis. Le deal était "je ferme les yeux sur tes dettes et tu votes pour nous et pour tout ce qu’on propose". Au grand bénéfice des banques qui pendant ce temps se sont régalées avec la "dette souveraine".

Il est étrange que surgisse aussi l’idée que grâce au contrôle de la dette par les étrangers au moment de la création de l’état, la Grèce se serait modernisée. En gros, en mettant les austro-hongrois aux commandes tout allait bien. Raccourci saisissant qui fait malheureusement l’économie de la vérité. Le développement de la Grèce n’a pas eu lieu sans mal et sans imposer une structure politiques et sociale pourrie, celle-là même que l’on regrette aujourd’hui.

Gabriel Colletis insiste pour dire qu’en Grèce on n’a pas su gérer la chose publique. C’est un fait. Mais en "Europe" (l’UE), on a simplement VENDU la chose publique : en tout cas, les donneurs de leçons sont très mal placés car l’UE a préféré abdiquer de son pouvoir au profit des intérêts privés.

Le moral à zéro !

Pour se rafraîchir, puisqu’en Grèce on ne parle plus que du "shaving" (το κούρεμα) , Zouganellis, qui est musicien de rock avec beaucoup d’humour, a écrit une petite chanson :

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La revue des Livres a aussi une interview de Stathis Kouvelakis
RdL, la Revue des Livres n° 4 (mars-avril) est en kiosque.

GRECE : DESTRUCTION PROGRAMMEE D’UN PAYS

Entretien avec STATHIS KOUVELAKIS sur une crise sans précédent

Une machine de guerre travaille aujourd’hui à détruire la Grèce. « Il s’agit, nous dit Stathis Kouvélakis, de jeter les bases d’une gigantesque opération d’« accumulation par dépossession », d’installer à l’intérieur même d’un pays de l’eurozone un modèle d’accumulation expérimenté jusqu’à présent dans le Sud et les pays est-européens. » Voici venu, autrement dit, le temps d’un déploiement direct, à l’intérieur de l’espace défini par l’Union européenne, de la stratégie du choc décrite par Naomi Klein, autrefois réservée aux pays de la périphérie. Comment comprendre le mécanisme de cette machine de guerre ? Quels possibles politiques ouvre la crise sans précédent qui en résulte ? C’est à ces questions que l’entretien qui suit s’efforce d’apporter des éléments de réponse.


[1Intéressant processus que celui d’un journaliste prometteur qui devient propagandiste. Quatremer c’est un cas d’espèce. Tout ça au nom du fédéralisme européen. Fédéralisme de banquiers et du fric, ça oui !

[2Magnifique, en dehors d’une phrase douteuse qui ne peut en aucun cas être cautionnée : « (le Grec) brûle une banque quand elle ne lui laisse plus les moyens de faire ses traditionnelles grillades. »

[3The final oddity of the ECB’s stance concerns democratic governance. Deciding whether a credit event has occurred is left to a secret committee of the International Swaps and Derivatives Association, an industry group that has a vested interest in the outcome. If news reports are correct, some members of the committee have been using their position to promote more accommodative negotiating positions. But it seems unconscionable that the ECB would delegate to a secret committee of self-interested market participants the right to determine what is an acceptable debt restructuring. Joseph Stiglitz.

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