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Londres arabe et délicieuse

Londres mon amour

dimanche 11 avril 2004, par rigas

Un roman sur les émigrés arabes à Londres, une réflexion sur l’exil, un savoureux collage de personnages marginaux mais très réels et humains.

Londres mon amour

Hanan El-Cheikh
Actes Sud 2001

Ce livre est un délice.

Deux femmes et un homme, Lamis, Amira et Samir se rencontrent dans une scène drolatique dans un avion après un trou d’air qui chamboule les passagers. Ils se retrouvent ensuite à Londres. Trois personnages qui ne sont pas à leur place dans leur propre société et qui trouvent à Londres un refuge. Londres qui acceuille les Arabes déphasés ou exilés, pauvres travailleurs et riches princes du Golfe. L’Irak, le Liban, l’Egypte et le Maroc sont les terres qui ont hebergé ou pourchassé les trois héros du livre. Lamis dont la famille a fuit le Liban, a vécu en Irak ; Amira, Habiba de son vrai nom, devenue prostituée de luxe à Londres ; Samir, homosexuel dont la famille a peur, marié de force, père de cinq enfants, qui cherche l’homme le plus beau en fuyant sa famille. Tous leurs amis qui jouent un théatre grandiloquent. Et puis la politique, l’Irak surtout, qui effleure la vie des personnage. Le livre regorge de souvenirs, et le véritable héros est un personnage qui ne se trouve pas à l’avant de la scène, le père de Lamis, le musicien et poète qui pense avoir raté sa vie mais dont le luth a permis de survivre et de donner à sa fille, non seulement l’amour de la poésie, mais aussi un sens aigu de son étrangeté, une force pour pouvoir divorcer d’un mari imposé par la famille et les convenances.

Et de nombreux passages très féminins où ces femmes découvrent l’amour, la sensualité, le plaisir sexuel, des femmes frustrées qui affrontent ce plaisir avec de l’étonnement plus que de la culpabilité, loin des convenances sociales de leur culture. Comment ont-elles pu vivre sans jamais sentir ce plaisir, se disent-elle ? Mais aussi des femmes qui sans être vraiment fières de leur culture, n’en sont pas moins toute entières ses représentants. Lamis, en particulier, qui cherche, et trouve, l’amour de sa vie à Londres veut devenir anglaise par tous les moyens, en suivant des cours de phonétique, pour se débarasser de son accent irakien. Mais aussi cette même Lamis qui refuse de dire "dish washer" tellement le mot washawasha en Arabe est proche.

Dans ce livre, les maisons sentent bon, les plats sont délicieux. Les odeurs et les saveurs donnent tout son sens au mot culture. Londres est une ville magnifique, un monde qui regorge de trésors, de théatres, d’appartements aux boiseries fines, de magasins anglais de tissus et de vétements, d’hotels et de quartiers où se croisent les Arabes et les Anglais sans jamais vraiment se rencontrer, mais finalement en assez bonne entente. Enfin, des personnages terriblement attachants par leurs faiblesses, leur humour extraordinaire devant des situations qui paraissent inextricables.

Ce livre est un véritable délice.

11 avril 2004

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