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Je suis Charlie et j’attends la suite de la Révolution des crayons

lundi 12 janvier 2015, par rigas

"La révolution du crayon", belle expression dans L’Orient-Le Jour pour qualifier ce qui s’est passé hier. La révolution des crayons donc a eu lieu hier soir. Populaire, massive, partout en France. Une révolution pour définir non pas qui nous sommes mais ce que nous voulons être, un acte véritablement constitutionnel.

Extraordinaire et merveilleux rassemblement. Du jamais vu... Quelle émotion.

La France et les français n’avaient plus eu d’évènement politique et attendaient avec anxiété le prochain coup de buttoir de l’extrême droite. Quand sera la prochaine victoire du FN ? Quel sera le score (lamentable) des partis politique aux prochaines élections ? Comment accepter le reniement de la parole du candidat Hollande par le Président Hollande ? Comment accepter cette grisaille politique ?

Il a fallu la bêtise crasse et l’acculturation de trois assassins enragés, imbéciles, sans but ni sens dans leur vie qui trouvent du réconfort dans cet amoncellement ignoble de fausses évidences des intégristes. Ils sont passés par la case prison [1], le voyage initiatique [2], l’apprentissage de la discipline. On ne saura jamais s’ils ont exécuté des ordres ou si c’est leur propre idée. Tout laisse à croire que se sont les idées des autres, notamment celles d’imams auto-proclamés comme ce petit imam yeménite qui a déjà fait beaucoup de mal a a été dégommé par un drône. Ces imams de la haine détestent l’humour et considèrent le blasphème comme la pire des choses.

Mais en France on a fait la révolution aussi pour pouvoir dire du mal de Dieu sans tomber sous le coup du blasphème.

Pendant que nous pleurions nos morts, l’Arabie Saoudite par où tout cela a commencé, avec son wahabisme et sa tolérance à l’intolérance, infligeait une peine de mille coup de fouet (50 par semaine) a un jeune bloggeur, Raef Badawi. Le jour pù même où mla France réaffirmait le droit au blasphème !

Image de Raef Badawi

Grâce à ce rassemblement exceptionnel, on a une possibilité peut-être de dépasser les débats stériles, de faire en sorte que l’islam ne soit rien d’uatre qu’une religion parmi d’autres, que les jeunes français dont les familles sont originaires du Maghreb ne soient plus les "arabes". Que nous dépassions enfin cette fixation sur l’identité qui nous fait croire que nous sommes "envahis" par un ennemi imaginaire, musulman évidemment.
(Voir excellent article et cartes dans The Economist) ;

Je pense que nous avons maintenant l’occasion unique d’apprendre ce qu’est la démocratie (tiens c’est un rappeur à la télé qui le dit, au nom choisi arabe, alors qu’il ne l’est pas, Abdel Malek). Premier mauvais présage, la liste des hommes et femmes d’état qui sont venu n’est pas le rassemblement des démocrates. On a eu aussi Sergueï Lavrov (représentant celui qui a permis cet extraordinaire chaos syrien en soutenant un président Bachar assassin et sa bande d’escrocs assoiffés de sang [3]), Nétanyahu venu recruter des futurs israéliens (qui n’a qu’une seule idée, évincer les palestiniens et qui ne gouverne que d’une seule façon : en maniant les forces de répression policière les plus abjectes [4]) et l’ignoble Lieberman qui représente l’aile dure de la droite israélienne, Samaras (qui avait dit deux jours avant que Syriza voulait provoquer plus de massacres en reconnaissant l’immigration illégale et qui voulait virer tous les immigrés deux jours plus tôt) et d’autres grands démocrates comme le gabonais Ali Bongo, le hongrois Viktor Orban, le ministre des affaires étrangères égyptien Sameh Choukry... Le ministre des affaires étrangères du Maroc a même eu le culot de demander à ce qu’il n’y ait pas de caricatures du Prophète pendant la manifestation. Ces gens ne peuvent pas défendre la liberté. C’est le "bal des affreux" (Médiapart).

On va avoir du mal car le fond antisémite, malheureusement très présent et meurtrier, est attisé par Israël et sa politique injuste et inique. On va avoir du mal, car le mal fait par les "identitaires" comme le FN et autres partis ultra-nationalistes est déjà fait. On va avoir du mal car l’économie va continuer à se porter mal et la parole du gouvernement va continuer a être mise en cause. ça va donc être difficile. Mais cela risque aussi d’être plus sain, que la parole raciste redevienne coupable de ce qu’elle est vraiment : un foyer de haine. Que les discours identitaires que Sarko et sa bande de furieux avait mis au pouvoir se taisent. Que le bleu-blanc-rouge soit l’expression de la liberté et pas d’une fierté mal digérée. Probablement cette journée exceptionnelle ferme-t-elle le cycle commencé avec les émeutes de 2005. Mais certains des maux soulignés par Andrew Hussey dans "The French intifada" sont encore là et le seront longtemps car ils nécessitent des générations pour être dépassés.

Mais il y a eu hier beaucoup plus que cette question lancinante de notre "soi", de notre rapport au communauté, de nos choix vis-à-vis des enfants des immigrés et de ces français que nous avons du mal en tant que République a intégrer et sur lesquels nous reportons tous les maux. Il ya eu cette fierté nationale, cette volonté d’union, de construire un socle politique commun, de souligner que nous ne pouvons pas être un composé aussi disparate. Les chiffres de participation aux manifestations dans les petites villes sont proprement incroyables : plus de 80% —parfois près de 100%- de la population a défilé hier là où avant-hier on n’avait jamais vu une manifestation. Le rassemblement républicain d’hier était solennel et l’atmosphère était joyeuse (photo de fin de manif — après deux heures bloqués sur le bd Magenta, il y a avait tellement de monde que ça n’avançait plus du tout).

Tout le contraire de la fragmentation du territoire dénoncée par les géographes [5], tout le contraire de la tendance à la compétition et la fragmentation communautaire. Cette unité est réelle mais ne se fonde sur aucun autre élément que notre volonté de préserver ce que nous appellons la République faute d’autre mot, réalité politique s’il en est.

Le mouvement de hier est un sursaut de notre âme : la république est un acte politique pas le résultat de la tendance végétative des forces économiques, de la mondialisation, des interventions étrangères, des facteurs incontrôlables qui nous entourent. L’acte constitutionnel du Peuple Français est un acte politique, pas une résultante de l’histoire des religions. Ni même des forces mondiales, ou d’une quelconque détermination. Le peuple français se définit lui-même, par lui-même. Et ce qui le définit c’est la défense de ses libertés. Cette manifestation véritablement nationale n’était pas nationaliste, elle ne s’est pas effectué contre les autres mais pour nous mêmes. Elle a permis de rappeler au monde qu’un peuple doit être ce qu’il dit être. Et que c’est là un acte éminemment politique. Je suis très fier d’avoir été une des âmes qui l’ont crié par leur simple présence.

Photo de Martin Argyroglo


Il y a quelques mois j’ai ouvert un compte Twitter, pour des raisons surtout professionnelles. Je ne l’ai pas regretté : quel torrent d’infos ! Me joindre @rigasarva

Du coup je visite Facebook un peu moins. Mais j’ai trouvé sur FB la dernière fabuleuse photo publiée ici. Photo de

Lire le billet étonnant de J.P. Filiu : JeSuisCharlie à Aleph.

L’article de Olivier Roy est excellent (Le Monde abonnés)

La suite, ça ne va pas être facile : la droite est à l’attaque : Claude Guéant] dit que « certaines libertés peuvent être facieemnt abandonnées » !!! Et Pécresse twite qu’il faut un patriot act à la française.


Des milliers de manifestants repartent après avoir manifesté dans le Nord Ouest de la place de la République, bords du Canal de l’Ourq


[1il faudra un jour sérieusement comprendre ce qui se passe là-dedans et elles sont nettement plus dangereuses que les réseaux sociaux.

[2Les voyages forment la jeunesse !

[3On lira les chroniques de Leïla Vignal, le travail incessant de l’historien Jean-Pierre Filiu qui parle de seconde renaissance arabe au sujet des révolutions de 2011 et qui a contribué à dévoiler au public l’horreur du régime de Assad. Ou encore, on lira l’extraordinaire ouvrage de Jean-Pierre Perrin "la mort est ma servante".

[4On lira l’analyse très fine de Ophir, Givoni et Hanafi (2010). The Power of Inclusive Exclusion : Anatomy of Israeli Rule in the Occupied Palestinian Territories, Zone Books. Sari Hanafi a aussi publié un article à ce sujet dans la revue Current Sociology téléchargeable sur Academia.

[5Je pense évidemment à la France périphérique de Guilluy

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