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Un simple renoncement, prélude à la honte

dimanche 20 mars 2016, par rigas

Le monde me déprime : l’UE a renoncé à ses principes humanitaires. L’Europe va échanger comme de vulgaires marchandises les réfugiés en Grèce contre des menaces de la Turquie que personne ne veux dire. Pour une fois je suis même d’accord avec Quatremer dans Libération lorsqu’il écrit que « l’Union a abandonné, au premier grain, l’un de ses principes fondateurs. » Objectivement, l’Union Européenne a simplement dénoncé ses propres principes. En reconnaissant la notion de « pays sûr » à la Turquie, ce petit passe-passe juridique inventé pour faire semblant de ne pas renoncer. N’est-ce pas pire que de simplement dire qu’il y a une crise et que nous devons l’affronter de manière excpetionnelle ? Plutôt que de décider d’abandonner les migrants et les réfugiés au mépris de l’invasion de Chypre, des menaces de la Turquie sur les eaux territoriales grecques, de la nature des gouvernements macédoniens, turcs et kosovar (belles démocraties !). De plus, l’UE a donné un pouvoir à Mme Merkel pour négocier avec la Turquie. Davutoglu de son côté avait bien fait pression sur la mer Egée dans un plan en 9 points où il exige d’avoir des droits de regard sur la mer égée. L’empereur de Turquie Erdogan profite du désarroi des européens. Et l’UE a préféré ne pas savoir faire pression sur les petits états balkaniques, l’Autriche et la Hongrie... mais a bien voulu se jetter dans la gueule du loup turc. Nous n’avons plus les bonnes priorités : l’élargissement de l’Union a profondémment dévoyé le projet européen. On va rentrer dans l’ère du perpétuel marchandage, au coup par coup, ce que recherchent tous régimes autoritaires : ce n’est pas un hasard si les saoudiens, le gouvernement turc, le régime poutinesque se frottent les mains. Même Assad peut se réjouir non seulement d’avoir littéralement rasé son pays mais aussi agenouillé l’Union européenne. Avec l’aide de Erdogan, Poutine, le Hezbollah et les iraniens.

Je sens personnellement ce renoncement comme une blessure, un dégoût. Un rage aussi... l’impuissance me rend malheureux.

Au-delà de la géopolitique (et pour poursuivre la réflexion amorcée par mon collègue Ignacio Farias, éditeur de la Revue de la EASST sur notre domaine d’intervention professionel, le champ STS), qui signale que les réfugiés sont des humains réduits à leur plus simple et vulnérable condition : des individus lâchés dans la boue, dans le chaos, dans le désordre entretenu par cette politique ignoble sur les frontières de l’Union Européenne. Ces réfugiés ont été admirablement aidés par les habitants de Skala Sikaminias à Lesvos par exemple (beau reportage de Anastassia Becchio), ou ailleurs dans les îles. Ce pêcheur qui préfère perdre une journée de pêche plutôt que de ne pas secourir des migrants en détresse a beaucoup plus d’humanité, sans aucun doute, que M. Tusk ou même Mme Merkel que l’on glorifie beaucoup en ce moment, alors qu’elle ne fait que réagir sans horizon réel, par pur calcul. Or ce pêcheur ne réagit pas seulement par hasard, ni même seulement par solidarité individuelle, mais bien parce qu’il doit le faire car il sait qu’il aurait aussi pu se trouver dans la même situation. C’est là quelque chose que tous le habitants de Lesvos vous diront : ils ont été eux-mêmes, ou leur famille, leus ancètres, leurs parents, des réfugiés. Leur humanité consiste à ne pas être dénués de mémoire.

Pourtant, la Grèce est en train de vivre no seulement la pire crise économique de son histoire mais aussi la pire tragédie humanitaire de la Méditerranée. En un temps record, avec cette terrible ineluctabilité, la Grèce a vu s’abattre le chaos sur elle. Après la crise économique, la crise des réfugiés.

« Les habitants se sont mobilisés pour cuisiner, collecter des vêtements, occuper les enfants, soigner les malades, explique Christos Prékates, un médecin volontaire qui a en partie coordonné l’action. Finalement, lundi, une dizaine de cars sont venus les chercher pour les emmener vers les nouveaux camps du nord. J’ai trouvé les gens de ma ville exemplaires. Simplement, je crains que si la situation s’enlise et que trop de gens restent coincés, les choses dégénèrent rapidement », souligne le docteur, qui ajoute : « Déjà à Trikala les néonazis d’Aube dorée ont essayé de récupérer l’affaire. » Aube Dorée, en effet, attend son heure. « Encore quelques semaines comme ça et on n’aura même plus rien à dire pour que les gens se tournent vers nous », se réjouit un membre du parti. (Adéa Guillot Le Monde du 1 mars 2016) [1]

L’Europe a juste montré qu’elle ne sait pas prendre ses responsabilités. Que seul l’intérêt politique à court-terme gouverne les négociations. Et qu’elle fait bien peu de cas aux humains. Désastre moral. Et pourtant ils ne sont pas affamés ces dirigeants européens. de quoi ont-ils peur ? Ou serait-ce qu’au fond ils sont aussi prêts à adhérer à l’Aube Dorée ou son équivalent local... ? Leur prudence en tout cas ne les honore pas.


Cela n’a rien à voir, mais j’ai cuisiné récemment un steack au sang (en suivant un recette proche de la « sangre encebollada »- et je l’ai accompagné d’un vin vin rouge ! Avec des pommes de terres et des épinards. Excellent, mais bien représentatif de mon état d’esprit. Rouge sang.


[1J’en profite pour rappeler les magnifiques reportages de Adea Guillot dans Le Monde sur les réfugiés.

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