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Quelle année ! Espérons que 2017 sera moins sanglant

vendredi 30 décembre 2016, par rigas

L’horreur n’est pas le privilège de cette année. L’année 2015 avait connu les attentats de Janvier à Charlie et de Novembre à Paris. C’est en 2015 aussi que la Grèce a vécu l’humiliation de devenir un protectorat malgré la voix populaire. Mais 2016 aura su nous ravir avec son attentat du 14 juillet à Nice ou l’attentat berlinois et surtout, surtout, la chute d’Alep. Ajoutons Maduro, TrumpLire le pamphlet de Robert Reich sur Trump. Un régal , le Brexit, la réhabilitation des accords de Dublin… Il ne doit y avoir que les élections en Autriche comme bonne nouvelle !
A Berlin, justement cette année, j’ai eu un échange assez violent avec un égyptien qui m’expliquait qu’il avait soutenu Assad « sinon c’est le bordel ». En France, nombre de joyeux esprits nous ont répété à l’envi que l’exemple de la Libye et de l’Iraq, voire même de l’Afghanistan, démontrait le besoin d’un régime fort. En disant cela, on oublie que c’était là le rôle dévolu à Ben Ali. Mieux : la Tunisie était censée être le modèle séculariste arabe, le modèle de la négociation et de l’apaisement, le modèle économique aussi, qui aurait été celui de l’économie de la connaissance (voir sur l’illusion que comporte ce terme le livre que Sari Hanafi et moi-même avons écrit à ce sujet).
Les Révolutions arabes ont été un ras-le-bol des sociétés opprimées, des peuples opprimés, frustrés, sans espoir. Les démocrates arabes se sont retrouvés seuls face à des monstres de haine et de sang et sans appuis extérieurs. En effet, au-delà des mots, les « puissances occidentales » (plus exactement, les pouvoirs en place, proprement paralysés) n’ont pas eu le courage de défendre les démocrates en Egypte, en Syrie, au Liban, au Bahrein, en Arabie Saoudite ; les gouvernements ont toujours préféré être légitimistes et soutenir le pouvoir en place même s’il contredisait leur propre discours. Ainsi, l’opposition est devenue « terrorisme ». La confiscation de la scène politique par les religieux a été le remède pire que la maladie. Les frères musulmans ont été évincés du pouvoir en Egypte (vielle histoire qui date de la montée du nationalisme militariste, comme en Turquie d’ailleurs juuq’à Erdogan) mais partout ailleurs ils ont triomphé. En Tunisie, en Turquie, ils sont au pouvoir. Sans concession en Turquie avec Erdogan - cadeau de 2016 et de la lutte politique entre groupes puissants et tous aussi peu démocrates que possibles, d’Erdogan ou de Gülen, qui utilisent la religion pour asseoir leur influence. Obligés en Tunisie à négocier. Tout cela au détriment des démocrates.
La Syrie aura été le tombeau de la démocratie. Ceux qui ont survécus à la répression, à la torture, aux prisons de Assad, aux exactions de Daesh, aux bombes de Poutine, aux armées du Hezb et aux conseillers miliatires iraniens en seront les témoins. En 2016 on aura laissé la Syrie aux mains d’un bourreau porte-parole d’une petite mafia qui avait déjà mis le pays en coupe réglée. En 2016, Alep aura été le Srebrenica du Proche-Orient, en laissant la plus grande partie de la ville aplatie aux mains d’un Assad manifestement incapable de lutter seul contre ses oppositions. En même temps Daesch aura gagné dans sa stratégie de « bordélisation » des sociétés démocratiques. Quelques voix solitaires ont su le souligner, comme Jean-Pierre Filiu, Jean-Pierre Perrin et Nicolas Hénin (cf mon édito après le 13 novembre).
Le modèle de la mafia au pouvoir est aussi celui qui s’est établi au Venezuela avec Maduro et la montée au pouvoir des généraux qui font ouvertement des trafics en tout genre au point d’être dénoncés et poursuivis par la DEA. Ils s’accrocheront au pouvoir jusqu’au dernier moment car toute solution entraînera pour eux la prison. L’opposition venezuelienne croit encore à un accord politique : mais aucune mafia n’accepte des acccords politiques ; elle ne s’intéresse qu’à faire des « deals » et assurer des territoires. Ce qui s’est passé en Syrie, c’est-à-dire plus de 300.000 morts et des millions de déplacés dans un pays anéanti risque de se produire ici aussi. Et sur ce cadavre certains s’enrichiront, profiteront, utiliseront pour poursuivre leurs fins, comme Poutine en Syrie.
La vague sans précédent de réfugiés en est le résultat direct de ces guerres et de l’incapacité que nous avons à garantir la liberté de mouvement des hommes et des femmes. Le Liban, la Jordanie, la Turquie et même l’Iraq (ou ce qu’il en reste), la Grèce et l’Italie reçoivent ces déshérités innombrables. La négociation honteuse de Merkel en direct avec Erdogan (il est vrai que cela était avant le coup d’état de juillet) et la réhabilitation des pernicieux accords de Dublin qui poussent les immigrés légaux ou illégaux à se replier sur le point d’entrée dans l’UE vont être des fardeaux. Les gouvernements européens ont su mater l’insurrection de la petite Grèce en 2015 qui avait le tort de vouloir jouer honnêtement le négociation mais ils ont été incapables de négocier avec Poutine, Erdogan, Assad, les Saoudiens... L’attitude face à la Syrie et face à la crise des réfugiés a décrédibilisé la parole des occidentaux.
Conséquence de cette perte de sens de la parole politique, 2016 aura été aussi l’année de la déconnexion très profonde du peuple et de nos journalistes, devenus inaudibles, car leur combat pour la vérité ne fait plus recette. L’information a été mise à mal par des soi-disant héros solitaires sur RT et autres médias révisionnistes et les rézosocios, qui diffusent la parole de Daesh ou de Assad. L’accueil de ces paroles lâchées dans la nature est proprement affolant : on est bien loin de quelques rumeurs ; on est dans un océan de rumeurs où la parole vraie se fait très rare. On apprend ainsi comment la Russie influence les élections américaines. Comment aux Etats-Unis, un candidat peut gagner en disant à peu près n’importe quoi et sûrement pas ce qu’il fera. Tout semble être dicible sur les Réseaux sociaux.
La conjonction de cette victoire idéologique de Daesch et la crise permanente provoquée par l’état d’austérité en Europe est une crise idéologique très profonde qui rompt les lignes traditionnelles de la politique. Pour 2017, on a donc le choix entre dictatures militaires, assassins ou « populistes », terme très mal choisi pour désigner l’extrême-droite anti-démocrate.

Bienvenue en 2017.

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