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Développement ? Voir le cauchemar de Darwin

lundi 14 mars 2005, par rigas

Un documentaire rare et terrible, "Le cauchemar de Darwin" montre un désastre humain, social et écologique en action.

Sur le lac Victoria, en Tanzanie, quelqu’un (?) a introduit un gros poisson, la perche du Nil. Ce redoutable prédateur a dévasté toute la population de poissons divers et variés du lac. La perche du Nil est devenu une ressource économique. Des entreprises se sont installées qui explotent les poissons, en font des filets qui sont exportés par avion en Europe. C’est devenu la plus grande ressource économique de la Tanzanie. Les avions porteurs sont pour la plupart des avions russes. Autour de l’activité industrielle s’est créé ce qui ressemble à une ville, un gigantesque bidonville, où les enfants sniffent du poluestyrène fondu, où les pauvres se nourrissent des déchets. Il y a là des images insoutenables ! Les avions ne viennent pas vides en Tanzanie. Mwanza, le lieu où se trouve l’aérodrome et la ville industrielle, est la plaque tournante de tous les trafics lourds, notamment des trafics d’armes.

Cauchemar d’une mondialisation ignorante des hommes et aveugle à ses effets sur leurs conditions de vie. Cauchemar d’une Afrique assassinée par des guerres favorisées par des marchands d’armes sans scrupules, par des maladies que personne ne combat vraiment, et que l’ignorance propage. Cauchemar d’une Afrique pillée, au point même de mettre en danger ses richesses naturelles renouvelables... Comme le montre l’exemple du lac Victoria !

On regardera désormais autrement les filets blancs des Perches du Nil...

(Les poissons empoisonnés du lac Victoria,par Khaled Elraz)

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Affiche_Darwin

Ça fait l’effet d’un coup de poing ! Des images qui sont d’autant plus dures à supporter qu’elles sont "belles", à savoir magnifiquement filmées, montées.

Ce documentaire montre mieux que n’importe quel autre discours l’état d’extrême dénuement dans lequel se trouve cette région du monde. Ici le "développement" n’a aucun sens. L’industrie n’apporte que quelques emplois et de l’argent, visiblement beaucoup d’argent, aux plus riches. Personne ne peut être accusé de vouloir faire le mal. C’est précisemment ce qui rend la situation tellement intolérable.

Je me demande cependant, pourquoi les partenaires commerciaux européens n’ont pas minimalement demandé aux entreprises locales de faire quelque chose par exemple avec les déchets des poisson (dont ils ne sont pas fiers et cherchent à cacher). Ce serait une goutte d’eau peut-être, mais au moins il y aurait quelque chose.

Les femmes et les hommes parlent d’une vie sans avenir. Ils disent leur absence d’éducation. Ils ne sont pas dupes, ils savent très bien ce qui se passe, ce que portent les avions, mais ils souffrent et personne ne semble les écouter. Les jeunes filles se prostituent car il n’y a rien à faire d’autre. Les plus mal lotis se retrouvent sur des îlots qui sont des mouroirs. On y trouve un précheur qui explique qu’il ne peut pas recommander de porter des préservatifs malgré l’hécatombe que provoque le SIDA, "car c’est un péché". Les officiels voudraient que l’on donne une image positive de leur pays, qu’on ne montre pas ces images intolérables.

Voir le site officiel du film, réalisé par Hubert Sauper.

La prochaine fois que j’acheterai du poisson, j’essaierai d’éviter la perche du Nil (d’ailleurs c’est pas très bon, non plus).

Et pendant qu’on y est sur l’Afrique, on lira pour se délecter le superbe livre petit livre de Eric Chevillard, Oreille rouge (ed. de Minuit). Un homme (romancier ? journaliste ?) qu’on appellera Oreille rouge, se voit offrir un séjour au Mali, pour en revenir avec un livre (un poème ?) sur l’Afrique. Depuis les affres du départ, au séjour pittoresque et au retour en Europe, ce livre est en fait un brûlot sur les récits de voyage charmants et pimpants qui vantent la beauté des peuples et des terres, sans vraiement participer de la vie locale. C’est plus léger que "le cauchemar de Darwin" mais ça laisse peu d’illusions. L’écriture, superbe, ne gâche rien. En plus le livre contient trois contes africains qui sont des vrais perles.

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