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Un livre pour se déconfiner l’esprit : Romain Bertrand, l’affaire Magellan

lundi 27 juillet 2020, par rigas

J’ai été un des promoteur du GRIP (Global Research Institute of Paris) un institut qui doit réfléchir sur la mondialisation. J’ai trouvé en librairie (magie de la senrendipité), juste avant le confinement, cet ouvrage exceptionnel de Romain Bertrand. l m’a fait voyagé pendant qu’on était bloqué chez nous. Il m’a fait aussi réfléchir sur le sens de ces tours du monde qui sont devenus des symboles de la puissance de l’occident. Car s’il existe un récit de la mondialisation, au sens de la gloire Européenne de sa domination sur le globe, c’est me semble-t-il cette histoire du voyage de Fernāo de Magalhāes ou Fernand de Magellan.
Sur Babelio j’ai publié cette petite critique vite fait.
Voici un ouvrage magistral. Ecrit par Romain Bertrand, un historien professionnel (il me semble que c’est un "élève" de Boucheron) , ce récit de l’expédition de Magellan, celle dont on n’a qu’un seul récit,celui d’un compagnon qui a accompagné le voyage et la souffrance de Magellan, Antonio Pigafetta. Or Magellan n’a pas fait le tour du monde, mais tout juste la moitié ; et celui qui a fait le premier le tour du monde d’Ouest en Est, sera un esclave revenu au Portugal après maintes péripéties. le livre raconte avec concision et une verve certaine, ce récit, ce croisement historique entre l’Occident et les civilisations du Pacifique. Avec une galerie de portraits brossés en quelques lignes, dont plusieurs marins et navigateurs, esclaves ou libres, marins et agriculteurs, tous embarqués dans cette folle aventure. Ce que Magellan a réussi fut de retrouver les lieux "découverts" bien longtemps avant, la côte d’Amérique du Sud (où un capitaine retrouve un fils semé à Buenos Aires), en Terre de feu (où la culture de l’ail permet aux équipages de survivre), parmi les îles de Bornéo (je ne dirais pas ce qui s’y passe), ... En moins de 100 pages, récit historique grandiose et réflexion d’une rare intelligence sur le sens qu’à pris une aventure bien moins grandiose que le souvenir qu’on en a gardé.

Je note aussi (je ne le savais pas) que le dernier ouvrage de Stefan Zweig a été une biographie agiographique de Magellan. Romain Bertarnd écrit :

La vraie mort de Magellan — c’est-à-dire la mort de l’idéal qu’on lui a fait endosser, comme un vêtement trop grand pour lui -, la fin du rêve d’une Europe toute de courage et de curiosité —, la vraie mort de Magella a donc lieu le 22 février 1942, à Persepolis, à 65 kilomètres de la ville de Rio de Janeiro, lorsque Stefan Zweig et Lotte Altman se suicidèrent.

Ce livre est un des beaux exemples des effets bénéfiques de la recherche post-coloniale, celle dont Eric Macé dans son remarquable "Après la société. Manuel de sociologie augmentée" clame l’importance.

Un chef d’oeuvre.