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Hiroshima : photos et commentaire

Est-ce que le bombardement était inévitable ?

lundi 8 août 2005, par rigas

Une mémoire photographique de la bombe atomique.

Puisque c’est l’anniversaire de la première bombe atomique lancée sur Hiroshima, voici une gallerie de photos de Hiroshi Tsuchida, un photographe qui avait 17 ans à cette époque et qui a voulu documenter la catastrophe.

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Montre de Kengo Futagawa, mort à Hiroshima
Kengo Futagawa (59 at the time) was crossing the Kannon Bridge (1,600 meters from the hypocenter) by bicycle on his way to do fire prevention work.
He jumped into the river, terribly burned. He returned home, but died on August 22, 1945.

On doit cette galerie magnifique à ce photographe et aux étudiants et professseurs du Lewis & Clark College.

Merci Boing-boing !

On lira aussi une passionant interview de l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa pour qui « rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire en août 1945 » dans le Nouvel Observateur (Semaine du 28/07/2005 au 04/08/2005). [1]

Il y a évidemment controverse à ce sujet. Cependant, Hasegawa montre que la faute n’incombe pas exclusivement aux généraux jusqu’au-boutistes japonais. Truman et Stalin, eux aussi, avaient une attitude qui favorisait ce choix. De plus, à cette époque, le bomardement était certainement moins "condamnable" en termes moraux, dans la mesure où la bombe n’avait jamais été utilisée.

Le plus étonnant dans ce que raconte Hasegawa est que ce n’est pas la catastrophe nucléaire qui aurait finalement mit fin aux hostilités, mais plutôt le choix effectué par Staline de déclarer la guerre au Japon. « Les militaires japonais étaient prêts à sacrifier dix, cent Hiroshima si cela leur avait permis de garder le pouvoir ! » ... « L’important pour Hirohito, c’était de préserver son statut d’empereur coûte que coûte. Aussi, quand les Russes ont déclaré la guerre, il a changé radicalement de stratégie et a décidé de se rendre sans conditions aux Américains. C’était un pari. Il pensait que Truman le traiterait avec plus d’égards que Staline, qui avait juré d’en finir avec la monarchie. Et de ce point de vue il a fait le bon choix puisque Truman l’a laissé sur son trône... ». Evidemment, Hiro Hito aurait pu éviter le bombardement, mais c’est bien un choix qu’il a fait, en rejettant l’ultimatum américain —ce que lu porosait son Ministre des Affaires Etrangères— car il était certainement plus proche du camps des généraux que ne le veux la légende.

De plus, l’industrie militaire a certainement joué un rôle de lobby, demandant à ce que l’arme nucléaire soit employée. Mais ça, c’est une autre histoire, qui a plus à voir avec le projet Manhattan, Robert Oppenheimer et le rôle de la physique dans l’histoire de l’humanité. [2]

Note additionnelle : J’ai vu un film magnifique de Shohei Imamura, Pluie noire. [3]
Rëalisé en 1989, en noir et blanc, le film montre la vie d’un propriétaire terrien qui a été sour l’Eclair, au moment du bombardement avec sa nièce et sa femme. Ils reviennent dans leur villages et eux ainsi que les autres habitants petit à petit disparaissent emmenés par les maladies provoquées par la radiation. La jeune femme cherche à se marier mais personne ne veut d’une "atomisée". Elle trouve le réconfort auprès d’un jeune villageois, revenu du front, qui souffre de délires dès qu’il entend un bruit de camion car il avait vécu dans l’enfer du front dans une unité anti-chars. Ce film est splendide.

Commentaire de Arte :

Le contraire de ce que l’on pourrait s’attendre à voir s’agissant de la bombe : Shohei Imamura a préféré l’intime au spectaculaire, la discrétion à la virulence. Ses personnages vivent leur destin sans se rebeller, ils l’acceptent avec fatalité et pudeur. Après une séquence décrivant les souffrances des victimes directes d’Hiroshima, vision d’apocalypse reconstituée et insoutenable, le réalisateur s’attache à montrer le calvaire de ceux qui ont été condamnés à une mort lente (la liste des victimes ne s’arrête pas aux dizaines de milliers de personnes tuées sur le coup par la bombe américaine larguée de l’Enola Gay). Pas d’effets spéciaux, pas de cris ni de larmes, mais l’austérité et la lenteur pour faire le récit de l’inhumaine attente, de la mort à l’œuvre parmi les vivants. La douleur est intérieure mais n’en est pas moins aiguë, et la scène où Yasuko arrache ses longs cheveux noirs par poignées atteint une intensité dramatique rare. Shohei Imamura avait remporté la Palme d’or à Cannes en 1983 pour La ballade de Narayama. En 1989, Pluie noire a soudain assombri l’éclat de la fête cannoise, et le film, trop douloureux, trop ravageur, s’est contenté du Prix de la Commission supérieure technique du cinéma. Son dépouillement fait pourtant l’effet d’une bombe.


[1Tsuyoshi Hasegawa, directeur du Centre d’Etude de la Guerre froide à l’université de Santa Barbara en Californie, vient de publier « Racing the Enemy » (Harvard University Press).

[2On lira à ce sujet le livre passionant de D. J. Kevles , 1988, Les Physiciens, Histoire d’une profession qui a changé le monde, Paris, Anthropos.

[3Pluie noire. (Kuroi ame). Film de Shohei Imamura (Japon, 1989, 2h03mn, noir et blanc, VOSTF)Scénario : Toshiro Ishido, d’après le roman éponyme de Masuji Ibuse. Avec : Yoshiko Tanaka (Yasuko Takamaru), Kazuo Kitamura (son oncle), Etsuko Ichikara (sa tante). Image : Takashi Kawamata, Yasuo Iwaki ; Musique : Toru Takemitsu. Production : Imamura Production, Hayashibara Group, Tokoku Shinsha Films Co., Hisa Lino.

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