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Le naufrage de la démocratie en Turquie

dimanche 17 juillet 2016

Quel étrange putsch ! Quelles étranges réactions !

Tout d’abord les militaires ne font que des choses détestables : ils tuent les gens dans la rue, tirent sur le parlement. A l’inverse de tous les putsch sur terre qui tentent de se faire aimer par le public en s’opposant au pouvoir en place, ceux-ci font tout le contraire. L’opposition a participé à ce que ce coup d’état soit un échec, en appelant le monde à ne pas suivre les putschistes. Mais elle se fait attaquer par le Sultan Erdogan Le Détestable, qui parle de Dieu ! M. Erdogan va pouvoir museler toute voix d’opposition, comme s’il était le seul "héros de la démocratie", comme le dit fort justement Ahmet Insel.

Répression : se sera le maître mot du futur. Il crie déjà vengeance et ne montre aucune gratitude envers l’opposition. Au contraire puisque Dieu lui-même lui a permis de s’en sortir, c’est qu’il ets l’élu et les militaires pourris doivent subir sa divine colère. Ces putschistes, s’ils avaient voulu renforcer le pouvoir de Erdogan, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

La dérive autoritaire est malheureusement le seul horizon perceptible (je suis assez d’accord sur ce point avec Dorothée Schmid, directrice du programme Turquie Contemporaine à l’IFRI). En effet, je ne crois pas trop à de possibles forces à l’oeuvre qui pourraient freiner l’élan de Erdogan, sa volonté de se transformer en Sultan élu, en régime présidentiel autoritaire.

Un autre argument consiste à dire que l’autoritarisme a une limite : les occidentaux. Dans un article du Guardian on lit que le coût de l’autoritarisme serait que les occidentaux risqueraient de lâcher Erdogan. Justement, l’article cite le fait que les ministres de Erdogan n’en avaient rien à faire. Par exemple le Ministre du travail aurait suggéré que les américains étaient derrière le coup. Mais ce genre de fanfaronades antiaméricaines sont monnaie courante en Turquie et dans le Moyen-Orient (tout est toujours de la faute de quelqu’un, à l’exterieur, et de préférence américain). Au contraire, il me semble que les occiddentaux ne lâcheront jamais Erdogan, et pas uniquement pour des raisons économiques : Mme Merkel a été prète à l’adouber "pays sûr" pour se débarasser des migrants ; les américains ont besoin de lui à l’OTAN. Et "les occidentaux", ces gouvernements ont montré très peu d’intérêt envers les démocrates des pays voisins de l’Europe. Une très faible détermination, pour le dire gentiment, face aux dictatures : pensez encore à la "ligne rouge" à ne pas dépasser en Syrie ; dès que Bashar l’avait dépassé, plus personne n’avait rien à y redire !

Jean-Marc Ayrault l’a bien dit, innocemment : la Turquie est un allié par qu’elle a une frontière avec la Syrie. Même s’il met en doute l’action de la Turqiue contre Daesh (rien de surprenant, si ce n’est que je ne comprends pas pourquoi il en parle là maintenant), il se trompe quand il parle de "soutien populaire". Ce sont les nervis du pouvoir qui sont descendus dans la rue, pas le peuple ! Comme tous les fascistes, les nervis sont censés être le peuple en colère.

Bref ne comptons pas sur nos gouvernements pour réprimander ou comprendre Erdogan. Les démocrates ont du souci à se faire.

On peut écouter un intéressant échange aussi sur les conséquences du coup sur France Culture


Voir en ligne : Turquie : coup d’Etat avorté mais nouvelle ère pour l’autoritarisme ?

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