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Trois cent ans de régression avec Trump

dimanche 25 février 2018

Je lis un article inquiétant de David Brody, journaliste spécialiste des questions religieuses, [1] sur la proximité de Trump avec les évangélistes, leur président, sans aucun doute, comme l’ont révélé la décision de situer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem ou sa défense des "pro-life".
Brody pense que Trump s’est "embarqué dans un voyage spirituel" et il écrit : "President Trump told me that he “was exposed to a lot of people, from a religious standpoint, that I would’ve never met before. And so it has had an impact on me.”
Un déisme mystique et l’amour des armes.... Ces positions idéologiques, au-delà du ridicule messager qu’est Trump, sont celles de défenseurs d’une société d’individus qui ne sont en rien soumis aux contraintes d’un état (comme le rappelle Krugman [2], vilipendé par Trump qui a vu là un ennemi véritable). Une collection d’individus qui n’acceptent pas d’être "régulés" ou limités, qui ne reconnaissent que Dieu, ce qui est commode car Dieu a un peu tendance à être alors une excuse pour tous les agissements, une caution pour l’auto-défense de l’homme seul (pas la femme, laquelle doit juste offrir sa chatte à cet homme "protecteur" comme le signalait Trump lui-même pendant sa campagne), bref un homme dans "l’état de nature" qu’imaginait Thomas Hobbes dans son Leviathan (en 1651). Régression de trois siècles de la pensée politique.
Le pays le plus puissant de la planète, le plus influent depuis près de 150 ans, le plus novateur, sera-t-il le siège non seulement des conservatismes mais aussi celui des régressions, du retour à l’éclatement du corps social (au nom de la cohérence de la communauté la plus proche de chacun d’entre nous). Comme Trump n’est pas un libéral, il est un défenseur des communautés fermées. Il est aussi dangereux idéologiquement que Daesh, les frères musulmans, les juifs orthodoxes ou les partis d’extrême-droite européens.Il est le défenseur des guerres permanentes, le ferment des guerres civiles.
Un antidote à cette pensée est le chef d’oeuvre de Zyad Doueiri, "L’insulte" où le Liban, un pays tout entier, profondément divisé mais obligé de maintenir la mosaïque sous peine d’éclatement mortel, arrive à dépasser ses contradictions et la permanente menace de guerre civile. Mais pour l’instant, au Proche-Orient, le modèle de Trump n’est pas le Liban mais un Israël gouverné par des extrêmistes.


[1dans le New York Times Du 24 Fév 2018

[2Chronique du 23 Février, qui au passage indique aussi la variété des sens que les américains, de bord différent, donnent au mot "communauté".

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