Adonis : la Syrie doit quitter le Liban

Le Nouvel Obs publie un article politique du poète libanais Adonis. On y trouve aussi une réflexion passionante sur le sens de la politique au Liban :

La situation actuelle du Liban prouve que sa singularité au sein des pays arabes s’avère être le « lieu » du danger. Car la dimension plurielle du Liban, source de dynamique et de richesse, peut devenir une source de déchirement et de dégradation chaotique. Toute intervention extérieure, arabe ou autre, ainsi que toute perturbation de l’équilibre démocratique interne - autant sur le plan de la représentation symbolique que sur le plan du réel - alimentent ce déchirement et cette dégradation chaotiques. Toute ingérence extérieure au Liban, quelle qu’elle soit, constitue un danger car elle est un facteur de déséquilibre du dynamisme des communautés libanaises vivant ensemble et se reconnaissant mutuellement.

Et aussi :

Le Liban des hommes est un pays qui se développe et évolue grâce à la force de cette dynamique d’échange en dépit du Liban des politiques.

le Liban (...) n’est pas un Etat « achevé », ce qui peut se dire de l’Egypte, par exemple. Mais cette finition est un projet, un projet national, une vision intellectuelle et un unificateur social. Il se peut même, si l’on compare le Liban aux autres pays arabes et à leurs cultures, que cette singularité jaillisse effectivement des potentiels que porte ce projet, un projet ouvert à l’infini. En d’autres termes, et à l’inverse des autres pays arabes qui « font » leurs citoyens, ce sont ses propres citoyens qui « font » le Liban.

Posté le 11 mars 2005